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Trenitalia veut concurrencer la Renfe et Thalys

« Si vous ouvrez votre marché, d’autres opérateurs viendront ». C’est ce qu’a déclaré le patron des affaires internationales de Trenitalia, Alberto Mazzola, au webzine Naciodigital.cat. « La concurrence peut être bonne pour tout le monde et les voyageurs en bénéficient le plus parce que le service et les prix peuvent s’améliorer », défent Mazzola. Qui met en avant l’expérience de Trenitalia sur ses propres terres : « en ciblant sur une amélioration des fréquences, nous avons aujourd’hui entre Milan et Rome un train toutes les dix minutes (ndlr aux heures de pointe) ». C’est sur base de ces réflexions et constats que Trenitalia travaille deux dossiers en dehors de l’Italie : d’une part sur Bruxelles-Paris, mais plus récemment sur Madrid-Barcelone, axe juteux de la Renfe.

Actuellement, Trenitalia travaille activement avec les opérateurs français pour la liaison entre Paris et Bruxelles, mais ne compte pas s’arrêter là. La compagnie italienne veut en effet se présenter sur le marché espagnol de la grande vitesse. « Absolument, nous sommes le premier opérateur en Italie, mais la deuxième ou troisième en Allemagne, où nous employons 4.000 personnes (…) Nous sommes à la recherche d’autres pays », détaille Mazzola. Comme on le sait, le géant ferroviaire italien a déjà acheté des trains à grande vitesse « qui peuvent voyager dans huit pays d’Europe à une vitesse 360 km/h (…) Il est prévu que nos trains puissent voyager non seulement en Espagne, mais aussi en France, en Belgique, aux Pays-Bas et le reste de l’Europe où il y a un potentiel pour la grande vitesse », faisant allusion aux ETR400 (appelé ETR1000), le Zefiro de Bombardier que commence à déployer l’opérateur italien. Ces rames ne sont cependant pas encore homologuées ni testées en dehors du sol italien, ce qui laisse planer un doute sur l’optimisme affiché par Trenitalia. Mais comme il s’agit d’un produit Bombardier, on peut raisonnablement estimer que le grand constructeur canadien ne va en rester non plus au seul marché italien. L’un soutient l’autre, en quelque sorte…

 

ETR 400 (photo Nelson-Silva via flickr CC BY-SA 2.0)

Tout cela encourage le management italien : « Depuis trois ans, nous suivons les décisions du gouvernement espagnol (ndlr, concernant la libéralisation du secteur ferroviaire) (…) Madrid-Barcelone  est une liaison intéressante car ce sont deux grandes villes, plus grandes que Bruxelles », remarque Mazella, qui croit que si l’Espagne libéralise cette ligne « il y aura plusieurs entreprises intéressées ». Il rappelle qu’en Italie « il y a quelques années,  un concurrent est arrivé pour faire le même service à grande vitesse (ndlr NTV-Italo), ce qui a été positif aussi pour Trenitalia. Nous avons réagi, amélioré le service et réduit les coûts», explique-t-il. « Avec la concurrence, nous avons amélioré le service et la compagnie Trenitalia est maintenant bien meilleure qu’elle ne l’était il y a six ans, » précise-t-il. Une analyse plutôt interpellante quand on se rappelle dans quelles conditions NTV-Italo a dû démarrer ses services, notamment au niveau de l’accès de ses salons et de l’interdiction toujours actuelle de pouvoir fréquenter Milan-Central !

Mais il n’y a pas que la grande vitesse qui intéresse Trenitalia. A travers sa filiale Netinera, la compagnie italienne s’intéresse aussi au service de banlieue en Catalogne. Interrogé sur les problèmes dans la banlieue de Barcelone, Mazzola répond qu’il ne veut pas « critiquer la situation espagnole  au sujet de la coopération entre Renfe et Adif, mais qu’il existe des solutions différentes dans le monde entier », notant l’efficacité des services ferroviaires au Japon, où il y a une « étroite coordination entre les transporteurs et l’infrastructure, dès que vous avez un retard de 15 seconde ». » 

La Commission européenne Barroso, à l’époque du Commissaire Siim Kallas, avait l’intention de libéraliser entièrement le secteur ferroviaire régional pour 2019, mais les réticences de certains États membres ont repoussé cette date à bien plus loin. L’Espagne semble demeurer une partisane de cette ouverture du marché, même si elle n’a pas encore promulgué de législation ad-hoc. Et depuis peu, la donne politique a changé au niveau du parlement national. Pour Mazzola, il semble donc difficile de respecter la date 2019 et il prévoit un certain retard dans le débat politique en Europe. Cela ne l’empêche pas de réitérer son credo en soulignant que la libéralisation du marché aidera le secteur ferroviaire. « Si vous regardez ce qui est arrivé avec l’aviation, il y a de grandes sociétés qui existaient avant, et de nouvelles telles que Ryanair ou Easyjet. Les voyageurs sont ceux qui en ont le plus bénéficié », conclue-t-il. 

L’avenir nous dira ce qu’il en sera réellement, mais l’Italie semble décidément un cran en avance sur les idées de libéralisation et de revitalisation du rail.  Dans la sphère latine de l’Europe, voilà qui tranche fortement avec l’apathie qui règne au sein du couple franco-belge…


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