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Pays-Bas : la nouvelle gare de Breda inaugurée

La nouvelle gare de Breda est officiellement inaugurée ce jeudi 8 septembre 2016. « C’est davantage un nouveau morceau de ville qu’une gare », explique l’architecte Koen van Velsen dans le Volkskrant. Voilà qui remet la définition d’une gare à la bonne place, car on lit trop souvent des articles sur des gares que d’aucuns voudraient voir minimalistes sous prétexte que l’argent doit être dépensé dans l’essentiel : les trains et rien d’autres. C’est oublier deux choses : d’une part une gare salle fait fuir les clients potentiels et, à contrario, attire une faune qui n’a rien à y faire. D’autre part, un bâtiment, c’est un coût, un capital immobilisé à entretenir. Dès lors, si on veut en retirer quelque chose, il n’est pas interdit d’y installer des services annexes comme l’ont si bien fait les japonais, entre autres. Car l’horeca et les commerces n’iront logiquement pas s’installer au sein de bâtiments lugubres plantés au sein de quartiers rebutants. Le chemin de fer a souvent été synonyme de crasse. Les gestionnaires d’aujourd’hui veulent balayer cette image. Alors, autant renouveler, voire reconstruire les grandes gares, à la fois pour embellir les environs et pour améliorer l’accès et le transit intermodal.

La brique domine à Breda (photo wikipedia)

La brique domine à Breda (photo wikipedia)

Retour donc à Breda pour cette énième gare livrée par ProRail. Aux Pays-Bas comme en Espagne, et à l’inverse de la Belgique, c’est bien le gestionnaire d’infrastructure qui gère les gares. Il y a eu du retard : des problèmes de bruit, mais surtout, la difficulté de maintenir la gare ouverte durant la reconstruction, alors que c’est là que feu les Fyra effectuaient leur demi-tour (voir cette video). Le bâtiment a finalement coûté 145 millions d’euros au lieu des 133 prévus. Mais elle a pu être terminée en quatre ans, ce qui reste raisonnable quand on compare avec d’autres gares européennes qu’on ne citera pas…

L’architecture choisie tranche avec la luminosité de Rotterdam ou d’ailleurs. Ce qui frappe d’emblée ce sont les 2,2 millions de briques qui ont été nécessaires à enrober le bâtiment. Des briques qui correspondraient à l’environnement immédiat du centre de Breda, selon l’architecte. Van Velsen, ancien constructeur de chemin de fer, voulait donner ‘un nouvel élan’ au voyage en train. Sa référence était le métro à Moscou, avec ses sols en marbre et ses lustres. Mais Breda ne va pas jusque-là, même si le passage sous voie est en granit, à l’atmosphère plus sombre. Avec l’option du parking en toiture, certains craignent les endroits sombres, le manque de lumière et les très nombreux angles, propices à l’insécurité. Mais les multiples puits de lumières atténueraient cette impression, selon Koen van Velsen. Les trois quais donnent tout de même la possibilité de voir le ciel à travers de grandes ouvertures rectangulaires dans le toit. Pourvu qu’il fasse beau… Car l’association Rovers Rail avait déjà vertement critiqué cette conception, par le biais d’une enquête de satisfaction effectuée au printemps dernier. Des critiques rejetées par la municipalité et par l’architecte car l’enquête s’est faite sur une gare encore en construction.

Mais le voyageur n’est pas oublié pour autant. L’ancien chef de gare se rappelle du sombre passage sous voie de 8m de large qui saturait rapidement dès qu’il y avait quatre trains à quais. Aujourd’hui, le nouveau passage fait 36m de large et la gare peut accueillir six trains à quais. Les dimensions de l’ensemble du bâtiment devraient permettre d’encaisser une croissance de 27 000 passagers par jour actuellement à 57 000 en 2020. Et comme partout ailleurs en Europe, on garde l’espoir que la gare puisse attirer des non-voyageurs aux travers des commerces, qui deviendraient un peu ceux du quartier environnant : « je fais mes courses à la gare » dira-t-on plus tard.

La gare de Breda est aussi un espace de vie, et même un morceau de ville : il s’agissait de réparer une fracture, qui coupait le centre historique de Breda du peu reluisant quartier du Belcrum, un espace typique du fonctionnalisme sans âme des années 60-70. Autour, d’anciens terrains ferroviaires et industriels délaissés et insécurisants. Breda voulait remettre de l’ordre et la nouvelle gare est un premier morceau de cette revitalisation. Cette première phase comprend donc 150 appartements, 22.000 mètres carrés de bureaux, 9.000 mètres carrés de commerces, quatre restaurants, quatre parking totalisant 6.500 emplacements vélos, trois quais et six voies et une plate-forme de bus sur le même niveau avec de l’espace pour vingt véhicules en même temps. L’intermodalité complète comme le montre ce cliché ci-dessous.

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(photo wikipedia)

Le must est l’accès au parking en toiture : il faut prendre une rampe qui part du niveau inférieur, et traverser toute la gare en longueur, entre les trains et les bus (photo). En haut, 720 places de stationnement, des arbres, des allées couvertes bien nécessaires dans ce pays pluvieux. Mais surtout, une vue imprenable sur les toits de la ville de Breda et, accessoirement, sur les allers et venues des trains et des bus. Les années à venir nous diront si le choix architectural – très hollandais – était conforme aux souhaits des voyageurs et de la ville. Pour s’en donner une idée, ce petit film sur le site de ProRail…

La longue rampe menant au parking en toiture (photo NS Station)

La longue rampe menant au parking en toiture (photo NS Station)

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