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L’Allemagne rouvre des lignes et investit dans de nouveaux trains

Rame ICE 4 à Munich (photo Holzijue via pixabay)

La Deutsche Bahn investira plus de 12 milliards d’euros pour regarnir son parc de de matériel roulant et va rouvrir des lignes.

Il faut évidemment lire cette annonce à l’aune d’une Deutsche Bahn récemment égratignée sur divers fronts, notamment sur les défaillances des ICE et de l’infrastructure, ainsi que l’obligation pour la coalition Merkel de fournir aux électeurs des preuves de bonne volonté en droite ligne avec la cause climatique. La société publique ferroviaire serait dorénavant « en mode d’investissement »  : pour atteindre les objectifs climatiques, beaucoup plus d’argent est investi dans le réseau et le gouvernement fédéral augmente également les capitaux propres du chemin de fer. Dans l’intervalle, certaines lignes abandonnées doivent être réactivées. Le CEO de la Deutsche Bahn, Richard Lutz, parle de « vent arrière avec force de tempête. Pendant des années, les politiciens se sont éloignés des chemins de fer, maintenant il y a un bloc unit. » L’art de la communication…

Au total donc, ce sont 12 miliards d’euros d’investissements prévus sur la période 2019-2026. Il s’agirait du plus grand investissement de l’histoire de la Deutsche Bahn. Le volume d’investissements pour la modernisation du transport longue distance DB va s’élever à lui seul à 8,5 milliards d’euros d’ici 2026. Il s’agit de commandes de nouveau matériel grande ligne qui entraînera une augmentation annuelle de la capacité de 20%, passant de 200.000 sièges à 240.000 sièges. Le nombre de trains ICE 4 passera de 38 à 137 rames, tandis que la flotte comptera 42 autres trains IC 2 et 23 nouvelles rames ECx, en cours de construction chez Talgo. À cela s’ajoutent les 86 rames interurbaines à deux étages, dont 44 sont déjà en service. Dans le même temps, DB supprimera 141 rames ICE 1, soit la toute première génération d’ICE mis en service en 1990. 

ICE 1, la toute première génération des ICE allemands à Francfort Hbf (photo de Thomas Wolf via wikipedia)

Toujours dans ce segment grande ligne, la Deutsche Bahn va aussi investir dans un nouvel atelier de maintenance à Nuremberg pour environ 400 millions d’euros. La construction devrait commencer en 2023 pour une ouverture prévue en 2028. 

De son côté, DB Regio investira également massivement dans de nouvelles rames dans les années à venir. Près de 2,7 milliards d’euros seront investis dans les flottes des cinq principaux réseaux S-Bahn allemands (RER) pour la reconfiguration et l’achat de nouvelles rames. En outre, DB Regio continuera à apporter des flottes modernes au rail régional. DB Regio dépensera environ 1 milliard d’euros pour moderniser sa flotte avec 350 nouveaux véhicules voyageurs pour le trafic de proximité.

Outre les investissements importants dans son matériel roulant, la DB se concentre aussi sur l’élargissement de son offre de voyage. Depuis fin 2018, par exemple, des liaisons et 3.000 places supplémentaires par jour ont été proposées entre Munich et Berlin. Résultats, la demande sur cette liaison a encore augmenté en 2019 de 14% par rapport à l’année précédente. DB élargit donc son offre entre Munich et Berlin pour l’horaire 2020. Berthold Huber, membre du conseil d’administration de Fernverkehr explique : « Chaque euro pour davantage de services et de trains modernes est un bon investissement. Des liaisons attractives entre les métropoles, une mobilité performante dans nos villes et nos campagnes sont les piliers pour un retour [ndlr : du public] au train ». La DB augmente actuellement le confort de voyage sur de nombreuses liaisons. Au lieu des voitures interurbaines utilisées jusqu’à présent, dont certaines ont plus de 40 ans, les trains ICE modernes sont de plus en plus utilisés. Les passagers bénéficient d’une connexion Wi-Fi gratuite, du portail ICE, de zones calmes et familiales et de compartiments pour tout-petits.

Voiture pilote des Intercity double étage, à Berlin-Schönefeld. Certaines rames doivent encore être livrées (photo Falk2 via wikipedia)

Le programme prévu dans les prochaines années est le suivant :

  • 2019/20 : Lancement de la liaison IC Warnemünde / Ostsee-Rostock-Berlin-Dresde; trains ICE supplémentaires entre Hambourg et la Rhénanie-du-Nord-Westphalie; la ligne Berlin-Munich sera à sa pleine capacité;
  • 2021 : liaisons toutes les 30 minutes entre Hambourg et Berlin; lancement de la ligne IC Francfort (M) -Siegen-Dortmund / Münster; lancement de la ligne rapide EC Munich-Zurich; entrée en service des trains ICE 4 à 13 voitures;
  • 2022 : services IC horaires entre Stuttgart et Zurich;
  • 2023 : ouverture de la ligne à grande vitesse Wendlingen-Ulm, raccourcissant les temps de trajet entre Stuttgart et Munich; 30 nouvelles rames à grande vitesse pour Cologne-Rhein / Main et Munich-Berlin;
  • 2024 : Ligne ICE rapide supplémentaire sur l’axe Rhénanie-du-Nord-Westphalie-Berlin; pré-étape des services d’une demi-heure entre Hanovre et Berlin; lancement de l’ECx Talgo entre Amsterdam-Berlin et Westerland; lancement d’un nouveau service IC toutes les deux heures sur la liaison Nuremberg-Iéna-Leipzig;
  • 2026 : services toutes les demi-heures sur l’axe Hambourg-Hanovre-Francfort (M) -Stuttgart-Munich; ouverture de la S21 avec des temps de trajet plus courts Cologne / Francfort-Mannheim-Stuttgart-Munich.

On constate que la Deutsche Bahn conserve ses trafics exploités sur base du cadencement horaire, bien qu’il ne soit pas encore ici question du plan Deutsche Takt. La Deutsche Bahn souhaite disposer de trains longue distance entre les grandes villes toutes les 30 minutes. « En fin de compte, cela signifie que nous voulons exploiter le transport longue distance comme une espèce de train de banlieue interurbain. Cependant, il faudra des années avant que cet objectif soit atteint », explique Berthold Huber.

>>> À relire : De partout à partout, l’horaire cadencé que l’Allemagne veut instaurer

On rouvre des lignes !
L’offre de service ferroviaire serait en croissance. Le gestionnaire d’infrastructure DBNetz a la volonté de mettre un terme à la fermeture de lignes de chemin de fer et dit vouloir rouvrir des lignes désaffectées. « Il faut identifier un ensemble de tronçons avant le printemps prochain, afin d’en débattre avec le gouvernement fédéral et les länder », a indiqué un porte-parole. Selon Ronald Pofalla, membre du conseil d’administration, « chaque kilomètre de voie en Allemagne est utile pour faire face à la croissance du trafic et renforcer le système ferroviaire ». L’association Allianz pro Schiene rapporte de son côté que ce sont 3.600 kilomètres de lignes de chemin de fer, soit 10% du réseau, qui ont été fermées depuis 1994, en toute grande partie dans l’est de l’Allemagne. En parallèle, 800 kilomètres de lignes de transports de voyageurs et 400 kilomètres de lignes de fret ont été remis en service. A la faveur notamment des nouveaux opérateurs qui ont pu reprendre ces lignes à coûts moindres.

Ce volet infrastructure tombe à pic, alors que le réseau allemand est qualifié de “fatigué” et qu’on ne compte plus les chantiers qui détendent les horaires.

Voiture pilote pour trains régionaux RE, ici une DBpbzf à Remagen (photo Méduse via wikipedia)

Du train moins cher
Côté tarification, la compagnie ferroviaire allemande a annoncé une baisse du prix des billets dès janvier grâce au plan du gouvernement Merkel, permettant une réduction de la TVA de 19 à 7%. Richard Lutz, le président de la Deutsche Bahn (DB), a promis de répercuter cette baisse « à 100% » sur les billets, mais seulement pour le trafic grande ligne, pour des trajets supérieurs à 50 kilomètres. La Deutsche Bahn espère un effet boule de neige : le groupe attend avec cette mesure l’apport de cinq millions de passagers supplémentaires tandis que les revenus que cela apporterait financeraient 30 nouvelles rames ICE, qui apporteraient elles-mêmes… encore six millions de nouveaux passagers, et ainsi de suite. La commande de ces 30 rames n’a cependant pas encore été notifiée.

Digital
Moins spectaculaire, la digitalisation se poursuit en interne. La Deutsche Bahn va tester à l’avenir avec la société britannique Skyports comment les drones peuvent être intégrés dans les chaînes d’approvisionnement logistiques. L’investissement de la Deutsche Bahn dans Skyports se fait via DB Digital Ventures, avec lequel le groupe promeut de nouveaux modèles commerciaux numériques. La DB étudie le développement de la technologie des drones dans le cadre du projet de modèle soutenu par l’UE et appelé Urban Air Mobility avec un terrain d’essai à Ingolstadt. La DB possède des drones depuis 2015, entre autres pour le contrôle de la végétation le long des voies ferrées ou pour l’inspection des ponts et des structures. Des investissements sont prévus pour accélérer les processus de digitalisation.

Très clairement, les allemands jouent à fond la carte du greenwashing depuis que la thématique climatique a pris de l’amplitude auprès des électeurs. La compagnie publique ferroviaire en profite donc, à juste titre, pour faire pression sur la tutelle politique afin de prendre des initiatives visibles de tous, et remettre le train au centre de la politique de mobilité, au pays roi de la construction automobile. C’est une bonne chose mais n’oublions pas l’infrastructure, base de toute réussite du système ferroviaire…

cc-byncnd


1 Comment

  1. kkstb says:

    “L’association Allianz pro Schiene rapporte de son côté que ce sont 3.600 kilomètres de lignes de chemin de fer, soit 10% du réseau, qui ont été fermées depuis 1994, en toute grande partie dans l’est de l’Allemagne. En parallèle, 800 kilomètres de lignes de transports de voyageurs et 400 kilomètres de lignes de fret ont été remis en service.”

    “seulement” 3600km étaient fermées, quand des gestionnaires diverses ont reprises 2400km des lignes abandonnées par DB Netz. Donc, DB Netz abandonnait 6000km = 17% de son réseau. En consequence, le réseau non-fédéral (=> gestionnaire est ni DB Netz, ni DB Regionetz Infrastruktur) mesure au jour d’hui 4100km.

    Le gestionnaire plus remarquable me semble DRE (Deutsche Regionaleisenbahn), fondé par l’association “Deutscher Bahnkunden-Verband”, donc, ce gestionnaire est quasiment une chemin de fer des citoyens. Ils exploitent 387km et possèdent 378km des lignes fermés et conservent la pour le cas.

    Par contre, il y’a des autres lignes sauvés dans une manière similaire par des citoyens aussi.

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L’auteur de ce blog


Frédéric de Kemmeter
Train & signalisation - Observateur ferroviaire depuis plus de 30 ans. Comment le chemin de fer évolue-t-il ? Ouvrons les yeux sur des réalités plus complexes que des slogans faciles

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