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Quand jadis, les belges dansaient sur les rails en partant vers le Sud…

De notre série “Aah, les trains d’hier…”

Les belges ont toujours été friands de vacances. Du coup, dans les années 70, la société Railtour (SNCB) créa des trains pas comme les autres, histoire d’agrémenter le voyage : la voiture bar-dancing !

Chez les fans du rail belges, on ne peut pas parler des “bar-dancing” sans évoquer Railtour, une création de 1956, regroupant à l’origine 14 agences de voyage, dont Wagons-lits/Cook et Havas. L’agence est en fait un tour-opérateur organisant des vacances “tout compris”, train + hôtel. Elle avait acheté 16 voitures-couchettes en 1967. En 1970, la SNCB entrait dans le capital de l’agence. On est encore dans une Europe peu pourvue d’autoroutes, bien que les kilomètres s’amoncelaient à grand pas. Railtour devint une coopérative en 1976. C’est aussi l’époque de la “coopération” entre réseaux ferroviaires et des chasses gardées : la SNCF avait la haute main sur FTS-Frantour et conservait son monopole sur le trafic Benelux-Sud France avec ses propres trains spéciaux. Railtour ne pouvait donc pas desservir la principale destination des belges, et devait se rabattre sur l’Espagne et l’Italie en été, la Suisse, l’Autriche (et les Dolomites italiennes), en hiver. Chacun chez soi…

Une série de voitures-couchettes SNCB de type I5, complétée des voitures-lits T2 et/ou MU du pool TEN vinrent garnir la composition des “trains Railtour”, à l’origine exclusivement réservés aux clients de l’agence ayant acheté un forfait tout compris train + hôtel. Ces trains comportait une voiture-buffet I2 AR. Mais il y manquait manifestement quelque chose : une “ambiance”…

Les couchettes Railtour dans leur première vraie livrée, de passage à Ottignies en 1981 (photo Smiley.toerist via wikipedia)

>>> À lire : La fameuse voiture-lits T2 – Histoire d’une belle réussite

Celle-ci fût déclinée par la transformation d’une voiture I1 en voiture-bar. Mais comme le bar seul, c’était banal, il fallait encore mieux ! L’idée vînt alors d’y ajouter une piste de danse et un salon. Slogan : “Avec Railtour, les vacances commencent dans le train”. La I1 12248 était une voiture de… 1939, ex a2b6 à compartiments, garée sans emploi fin des années 60. L’atelier Central de Malines, le seul qui modifie les voitures et automotrices en Belgique, reçu la tâche de la vider de l’intérieur et d’y installer trois zones d’ambiance : une mini-cuisine suivie d’un “vrai” bar de 4m, une piste de danse de 5,80m et un salon avec 4,50m de sofas dans le plus pur style années 70. L’affaire était faite, ainsi naquit la SR1, voiture insolite qui va étonner les pays traversé. Cette voiture bar-dancing SR 17901 fut intégrée dans le Camino Azul, un train de nuit créé en 1975 reliant Bruxelles et arrivant fort tôt à Port-Bou (1), pour la poursuite du voyage dans une Espagne du XIXème siècle…

Scan-dias datant de 1976. La SR1 dans la première livrée Railtour, celle “à trois bandes” (remerciements Michel Verlinden)

L’auteur de ces lignes, qui a fait plusieurs fois le Camino comme on dit, se souvient très bien qu’à Thionville, les contrôleurs SNCF prenaient place dans ladite voiture-bar, pour ne plus en descendre… avant Dijon ! Le bar “fermait” vers 2h00, au passage d’une gare de Lyon-Perrache toute endormie. La cuisine était vide de ses bières : plus une canettes à trouver et un dur retour vers la couchette qu’il fallait retrouver parmi 8 à 10 voitures…

Ambiance très “Seventies”, mais c’était l’époque… (photo publicité SNCB)

La même rame servait l’hiver pour l’Alpina Express, entre Bruxelles et Sierre, en Suisse, avec la même SR1 et les mêmes scènes que l’été… Subissant un incendie en 1979 en pleine nuit à Stuttgart, elle fut reconstruite à Malines avec un long pan dorénavant aveugle, sans fenêtres, augmentant davantage son aspect discothèque…

Dernières années de circulation, au milieu des années 90. La SR1 arborait la seconde livrée Railtour dite “Arc en ciel” (1992, photo Mediarail.be)

Fort de ce succès, la SNCB avait en 1978 changé la mission de l’un de ses 36 fourgons Dms en construction : le chaudron 17435 a été envoyé directement à Malines pour y être aménagé comme dans la SR1 : bar, piste, salon. La cuisine était nettement plus grande et le salon avait 6,50m, avec écrans télés ! La SR2 était née et fut rapidement intégrée dans un train phare de Railtour, le Freccia del Sole, une création de 1974 destinée en été à l’Italie (2), la même rame officiant en hiver sur le Ski-Express (3), destiné à l’Autriche et à Bolzano. Railtour disposait ainsi chaque week-end d’été et d’hiver de deux rames “de prestige” pour ses vacanciers.

L’auteur de ces lignes enfin muni d’un appareil photo a pu capter la SR2 dans un très long Freccia del Sole en partance pour l’Italie (1992, Bruxelles-Midi, photo Mediarail.be)

Jusqu’en 1982, ces trains destinés à la seule clientèle Railtour avaient leur “service dîner”. Pas question de faire manger 400 à 600 personnes dans une voiture-restaurant, par ailleurs inexistante. Ce sont donc les SR1 et SR2, fermées avant 20h00, qui faisaient office de cuisine. Les deux barmans devaient alors réchauffer des cassolettes et les apporter dans chaque voiture-couchette et voiture-lits. Un balais qui obligeait à mettre des planches sur le bar (!) et à être concentré. Le service en compartiment était assurer par les couchettistes. Pendant quelques années, il y eut aussi des hôtesses et même un authentique disc-jokey. On est en pleine époque Bee Gees et Boney M…

Look d’époque, début des années 80… (photo publicité Railtour)

Mais le monde changeait déjà : la clientèle Railtour préféra de plus en plus les autoroutes et les trains Railtour devinrent des “trains ouverts à toute clientèle”, ce qui ne manqua pas d’augmenter leur taux de remplissage. La marque “Railtour” disparu dans les années 90 mais les deux trains d’été et d’hiver restèrent des trains de nuit saisonniers très prisés pour les vacanciers belges. Les repas disparurent du service mais la musique, celle des années 80, restait bien diffusée chaque soir et nuit, par cassette, sans DJ. Même devenus “tout public”, ces trains conservèrent une fameuse ambiance. C’était toujours un grand amusement quand on passait, en fin de soirée, à Metz ou Coblence, les derniers voyageurs locaux interloqués vous regardaient un verre à la main dansant sous des lumerotes multicolores ! Les trains Railtour étaient remarqués et bien connu du personnel d’accompagnement.

En 1998, la SR2 s’appela plus sobrement “Bar Disco” et reçu une nouvelle livrée, la troisième en vingt ans. Comme la SR1 était radiée, il fallu la remplacer. Ainsi naquit la SR3, issue d’une voiture I10 internationale qui était en surnombre, le TGV arrivant. Mais elle ne fera pas de trains de nuit belges longtemps : la SNCB, confrontée à devoir payer dorénavant des frais d’accès aux réseaux étrangers, mis fin à tous ses trains de nuit en quelques années. La SR3 fera néanmoins la joie des clients du Ski-Express sur sa tranche Bruxelles-San Candido, entre 2001 et 2003, dernière année de circulation.

La SR3 au repos à Forest-Voitures (photo et remerciements à Serge Hoogsteyn)

>>> Voir d’autres photos de Serge Hoogsteyn

Néanmoins, quelques relations résiduelles restèrent en service au-delà, toutes en hiver, comme le Bergland-Express organisé par les hollandais de The Train Company sur l’Autriche (et passant par Bruxelles), su les traces du Ski-Express, et dont les rames éclectiques accueillirent les voitures SR2 ou SR3 selon les semaines et les années. La SNCB alignait à la même époque un Treski en voitures à places assises…

Aujourd’hui, la SR2 n’est plus et est partie le parking d’un particulier, tandis que le SR3 est toujours active mais dans des trains charters. Des équivalents ailleurs ? Oui et non. Peu se souviennent que FTS-Frantour déclinait aussi des voitures bar-dancing issues de DEV Inox sur ses trains spéciaux. La grosse agence allemande TUI a aussi décliné de nombreux trains spéciaux, également accompagnés de voitures “d’ambiance”, comme la fameuse voiture-bar TUI Treff fin des années 70. Un peu partout, on trouvait des “bars”, mais pratiquement pas de “dancing” en service régulier. Aujourd’hui, suite aux radiations de nombreuses voitures classiques des années 70/80, tout est possible au niveau des transformations techniques. Mais une fois n’est pas coutume, soyons fiers et chauvins : il n’y eu pas d’équivalent aux trains belges Railtour et leur “bar-dancing”. Point barre…

(1) Voir JCF n°147

(2) Voir JCF n°139 & 141

(3) Voir JCF n°143

D’autres voitures d’hier ? C’est ici :

ADüm DB vista-dômeLes voitures-dôme des TEE allemands
29/08/2020 – Dans la grande mode des années 50-60, la Deutsche Bahn entreprit de construire cinq voitures “vista-dôme” pour agrémenter notamment un de ces trains phares : le Rheingold. Évocation…


BackOnTrack_07La fameuse voiture-lits T2 : histoire d’une belle réussite
25/06/2020 – Ce fut l’une des reines des trains de nuit des années 70 à 2000. La voiture-lits T2, et sa consœur “germanique” T2S, répondaient à une évolution de la société. Explications


cc-byncnd


4 Comments

  1. André Daniel says:

    Magnifiques souvenirs sur les plus belles voitures internationales de la SNCB. Combien de rencontres, de mariages, d’enfants, par ces voitures? 🥰🥰

    Quelques précisions:

    * La mini-cuisine de la SR1 ne permettait pas la préparation des 600 repas ou plus. Elle circulait en couplage avec une A3R spécialement dédiée (AR11911, en réserve AR11912), elle aussi en livrée Railtour. Un seul compartiment avait été maintenu (= service pour le contrôleur), les autres étant adaptés pour le stockage (rayonnages et frigos). Salle et cuisine étaient maintenues d’origine, c’est sur les tables de la salle que venaient si nécessaire se poser des planches pour faciliter le dressage, jamais dans le bar.

    *La SR2, dont la cuisine était beaucoup plus grande et plus ergonomique, remplaçait à elle seule les deux voitures SR1 + AR.

    * Si le bar était fermé pendant les repas, c’est parce que les barman/barmaid étaient mis à contribution pour le transport des repas vers les voitures. Cela permettait aussi de s’assurer de la présence des clients en cabine au moment du service. L’été, il y avait un repas chaud à l’aller, froid au retour. l’hiver, un seul repas, chaud, au retour. Les repas froids, une fois dressé (parfois jusqu’au milieu de la nuit), était stockés dans les frigos dont les offices des I5 affectées au trafic Railtour étaient équipées.

    * Une fois la SR2 sur les rails, elle assurait successivement trois voyages par semaine: Camino Azul (départ mardi), Freccia del Sole (départ vendredi, destination Rimini, parfois Albenga selon la charge de la rame), Autriche (départ dimanche). La SR1 était en réserve. L’hiver, les deux voitures partaient le vendredi, SR1 vers Sierre/Brig (Alpina Express), SR2 vers Bolzano ou San Candido (Ski expres). En cas d’avarie de la SR2, c’est la SR1 qui assurait le Ski Express. En cas de dédoublement du Ski Express, un bar de la DB assurait le dédoublement vers Schwarzach.

    *Pour l’animation musicale, les cassettes n’ont pas fait long feu. Le barman a rapidement emmené son PC qu’il connectait depuis le bar, à la sonorisation de la voiture. Tout en vendant les boissons, il mettait une ambiance d’enfer. Tant de succès qu’un DJ passionné intègrera à nouveau cette cabine un temps délaissée. De nombreux festifs y ont voyagé jusqu’au bout de la nuit, dans la SR2 et la SR3. Railtour n’était plus, mais le train était déjà, encore et toujours, les vacances.

    * La radiation de la SR1 sonnera le glas du bar dans l’Alpina Express, mais l’arrivée de la SR3 permettra alors d’incorporé un bar tant dans le Franc’Alp Express que dans le Ski Express. Quand au Freccia del Sole, sa conversion en train-autos lui verra dédié une voiture-restaurant en remplacement du bar.
    Le Freccia del Sole fera le plein, tant par sa charge en BC & WL, que par l’occupation, jusque dans ses ultimes circulations.

    * Le personnel Railtour (guide, hôtesses, entretien des sanitaires) devait hélàs disparaître en même temps que l’agence, mais les conducteurs, les couchettistes, les barmans/barmaids, les DJ, appartenaient à la Compagnie des Wagons-Lits et ont fait vivre ces trains avec un enthousiasme jamais démenti, jusqu’à leur suppression fin 2003.

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  2. Un grand merci pour ces précisions, Daniel. Juste une rectification : il n’y avait pas de SR sur l’Autriche en été à ma connaissance, mais seulement en hiver sur le Ski Express (Bolzano puis San Candido par après).
    Mon article n’est centré ici que sur les seules voitures bar-dancing, je compte par ailleurs faire un autre article plus fouillé sur l’ensemble des trains Railtour, mais ce sera pour l’automne et je ne manquerai pas de reproduire les détails ci-dessus.

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    • André Daniel says:

      Super! Je suis déjà impatient de lire ce nouvel article.
      Pour l’Autriche, je dois te confirmer que la SR2 circulait bien dans un train Railtour à destination de Klagenfurt, départ le dimanche, dans les années 75 à 80 (+/-). J’ai moi-même fait ce train, un ancien collègue barman vient de me le rappeler aussi. Je vais m’attaquer au tri de mes archives, peut-être trouverai-je une trace écrite.

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      • André Daniel says:

        … ou plus précisément une SR, mais sans aucun doute la SR2 à sa sortie. Ce train n’a circulé su’un nombre limité de saisons estivales.

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Frédéric de Kemmeter
Train & signalisation - Observateur ferroviaire depuis plus de 30 ans. Comment le chemin de fer évolue-t-il ? Ouvrons les yeux sur des réalités plus complexes que des slogans faciles

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