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Royaume-Uni : les franchises partent mais la privatisation reste

« La franchise ferroviaire a atteint le terminus et un nouveau chemin de fer prend forme. » Tels sont les termes du communiqué du DfT, les Département des Transports au Royaume-Uni. On s’en doutait  : depuis 2016, le concept de franchises à l’anglaise prenait doucement l’eau, pour différentes raisons.

La première est l’année 2016, quand fut voté par referendum le Brexit, assommant une première fois l’économie qui était alors en relative bonne forme. Les divisions politiques au sein du pays – entre autres, dans la Chambre des communes, dans les partis politiques et entre le Gouvernement britannique et les instances dirigeantes des nations dévolues (Écosse et pays de Galles) – ont mis ce sujet dans le flou le plus total, ce qui n’est jamais bon. Recrutements et consommation ont pris la courbe descendante, ce qui a impacté sur les trafics ferroviaires, une première depuis 1996. Or, le système de franchises n’est viable que dans un environnement en croissance, laquelle fut encore plombée, deuxième raison, par divers attentats à Manchester et Londres, plombant un peu plus le moral du peuple.

Et puis, osons le dire, des interrogations plus existentielles émaillaient de divers cercles, et pas seulement des troupes de Jeremy Corbyns, grand pourfendeur du rail privatisé. En septembre 2018, le gouvernement lançait un examen approfondi du secteur sous le nom de William Review, du nom de Keith William, son rapporteur. Il s’agissait de recommander les cadres organisationnels et commerciaux les plus appropriés en soutien à la vision du gouvernement pour le chemin de fer. Les conclusions de cette review aurait dû être dévoilées au printemps, mais la pandémie est passée par là.

Les ordres du gouvernement, entre mars et juillet 2020, « d’éviter autant que possible les transports publics, » ont définitivement achevé le système britannique, déjà très morcelé. La plupart des franchisés avaient arrêté les trains au pic de la pandémie et la reprise voyait des trains remplis à moins de 10%. Intenable dans un contexte de contractualisation…

Il est acquit que la William’s Review n’a même plus sa raison d’être. Le Département des Transports du Royaume-Uni, qui avait mis en place des mesures d’urgence sous le nom de ERMA (Emergency Remedial Measures Agreements), vient donc de prendre une initiative majeure avec, selon ses dires, « un modèle plus simple et plus efficace grâce à des objectifs de haute performance et des parcours simplifiés. » Retour à British Rail ? Que neni…

 

Il ne fallait pas non plus mettre en péril, non seulement les emplois du secteur, mais aussi tout une industrie de la construction qui livre des milliers de voitures en commande. Or la modernisation du parc roulant britannique est une condition d’honorer un autre grand dossier : celui du climat. On doit donc jouer à la fois sur des trains modernes, une exploitation revue centrée sur l’usager et… probablement revoir les règles de distanciation si le renouvellement de l’air est assurer à bord.

Le gouvernement britannique a donc annoncé ce lundi une réforme de son modèle de privatisation des lignes de train en décidant de remplacer les franchises privées par des contrats de concession temporaires, avec une plus grande implication des pouvoirs publics. Cela signifie que les sociétés d’exploitation sont placées dans un accord de type concession avec effet immédiat. Des contrats ont été, selon des sources gouvernementales, signés au cours du week-end. D’après Railfreidht.com, l’analyse de rentabilisation des exploitants de trains de voyageurs semble beaucoup plus optimiste aujourd’hui qu’elle ne l’était depuis de nombreuses années. Chaque opérateur en Angleterre peut désormais « respirer facilement », sachant que les pertes potentielles sont amorties, et qu’ils ont la sécurité d’exploitation jusqu’au printemps 2022, leur donnant ainsi des perspectives mais… ils devront cependant renoncer à tout profit. Une certaine dissidence est apparue entre franchisés car ce nouveau modèle de concession fonctionnerait plutôt bien dans les situations urbaines et régionales, mais ne serait pas assez flexible pour les opérations de trafic longue-distance. Dans le cadre des directives de santé publique actuelles, l’intention est également que les exploitants proposent un service presque complet afin de garantir un espace permettant aux passagers de voyager en toute sécurité. Priorité au train du quotidien, cela rappelle d’autres dossiers ailleurs en Europe.

Le gouvernement espère que ce mécanisme sera plus simple et efficace et permettra au transport ferroviaire de se relancer après avoir vu son activité chuter depuis le début de la crise sanitaire, rapporte La Tribune. Mais il tourne le dos à l’étatisation prônée par tout une gauche politique. Grant Shapps, le Secrétaire d’État aux Transports, a clairement indiqué que le nouveau système « conservera les meilleurs éléments du secteur privé, y compris la concurrence et les investissements, qui ont contribué à stimuler la croissance, tout en assurant une direction stratégique, un leadership et une responsabilité. Le nouvel accord pour le rail exige davantage de passagers. Cela simplifiera les déplacements des gens, mettant fin à l’incertitude et à la confusion quant à savoir si vous utilisez le bon billet ou la bonne compagnie de train. » Le monde d’après n’est donc pas – et on s’en doutait -, de mettre tout par terre.

Le secrétaire aux Transports a bien qualifié ces mesures de « contrats de reprise » dans diverses interviews, ce qui implique une intervention importante de la part de son ministère des Transports. Des dispositions similaires sont en place en Écosse et au Pays de Galles, où les questions de transport sont de la compétence des gouvernements régionaux. L’Écosse avait en fait déjà pris des dispositions similaires la semaine dernière, devançant Londres.

Keith Williams, président de la Williams Review, a déclaré que « ces nouveaux accords représentent la fin du système de franchisage compliqué, exigent davantage de l’expertise et des compétences du secteur privé et garantissent aux voyageurs un retour vers un chemin de fer plus ponctuel et coordonné. » Il avait d’ailleurs avancé, dans des déclarations antérieures au Covid-19, ses idées pour aller vers un mode de concession « comme sur le Continent européen. »

Ce sera très probablement la prochaine étape, quand il y aura un peu plus de visibilité sur l’atténuation – voire la fin -, de la pandémie. On retiendra cette faculté des anglais à ne pas répondre aux sirènes idéologiques tout en pouvant rebondir vers un nouveau concept. Certaines nations d’Europe pourraient en prendre de la graine…

cc-byncnd


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L’auteur de ce blog


Frédéric de Kemmeter
Train & signalisation - Observateur ferroviaire depuis plus de 30 ans. Comment le chemin de fer évolue-t-il ? Ouvrons les yeux sur des réalités plus complexes que des slogans faciles

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