La semaine de Rail Europe News – Newsletter 028

Du 31 mars au 12 avril 2021

L’actualité ferroviaire de ces 14 derniers jours.

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L’édito

Gratuité : une bonne idée ?
C’est un sujet qui revient régulièrement, spécialement à l’approche d’élections. Les tenants de la gratuité parient sur un centre-ville apaisée et nos politiques sont en quête de voix. Quand au trafic automobile, il ne diminue pas. Analysons cela de plus près. La gratuité des choses existe bien entendu dans les relations humaines, à travers la charité, la solidarité personnelle, familiale ou communautaire. Mais il s’agit dans tous ces cas d’un acte volontaire, quasi philosophique, à l’image des nombreux bénévoles de l’Europe et du monde. En revanche, la gratuité artificielle est une démarche inverse : « on » décide de la gratuité d’un bien et on le fait payer par un tiers, sans lui demander son avis. La valeur morale de cette charité est sujette à caution, voire nulle. Elle est expressément politique, donc critiquable. Cette mesure populiste provoque un engouement de court terme pour les transports publics. Mais par la suite, vu le manque de recettes, on assiste aux sous-investissements, aux dégradations, à la baisse de la qualité et parfois à une hausse de l’insécurité. Sans compter que la gratuité dégrade la valeur psychologique perçue du service public rendu. La réalité est que les gens ne demandent pas la gratuité, mais une tarification simple et un service public de haut niveau. Vous voulez réduire les autos en centre-ville ? Il suffit de « piétonniser », tout simplement, comme dans tant de villes en Europe. Les rues piétonnes ont toujours cartonné et ce n’est pas nouveaux. Voyez Strasbourg, St Jean de Luz, Gand, Maastricht et on en passe. En revanche, une politique de mini-prix destinés à certains groupes cibles pourrait en effet donner des résultats, songeons aux jeunes et aux seniors, moins motorisés. De là à mettre en avant les bénéfices de la gratuité comme un pouvoir d’achat renforcé, il y a un pas que nous ne franchirons pas. Une tarification solidaire bien conçue peut suffire à garantir la justice sociale. Les bus, trams et métros sont des objets coûteux, et leur maintenance et propreté requièrent des sous, beaucoup de sous. Si l’affluence est réelle, il faut alors renforcer le parc. Qui va le payer ? Enfin, si Bologne, Castellon de la Plana, Hasselt, Sheffield, Rotherham et Seattle aux USA ont fini par abandonner la gratuité, il serait intéressant de savoir pourquoi. Il ne suffit pas de se proclamer « ville de gauche » pour de facto nous faire croire qu’il y fait bon vivre et que règne la justice sociale…

Politique des transports

ERMAS-Franchise-UK Grande-Bretagne – Trois opérateurs demeurent encore sous les accords de mesures de redressement d’urgence (ERMA) – Il y a encore quelques bras de fer dans la fin de certaines franchises. Non pas pour perpétuer le système, mais pour signer un accord équilibré, selon de bonnes sources. Le litige entre certains opérateurs et le Department for Transport, le DfT, concerne « le rapport risque/rendement qui doit être acceptable » envers les investissements consentis, notamment en matériel roulant. Avec le risque de suite au tribunal, ce que l’on veut à tout prix éviter. Le DfT a maintenant pour politique provisoire l’attribution directe sous couvert des NRC (Network Rail Collaboration). Mais ces NRC devraient à l’avenir aboutir sur des « concessions » dont on ne connait pas encore vraiment la teneur juridique. Ces NRC seraient, selon les meilleurs observateurs, le grand challenge financier du DfT, plutôt que les actuelles négociations sur la fin des franchises. La technique de l’opérateur de dernier recours a atteint ses limites financières. Compte tenu des retards dans la conclusion de la première tranche d’attributions directes, un retard est aussi introduit pour la deuxième tranche d’attributions attendues plus tard cette année pour les services ferroviaires du West Midlands, Greater Anglia, Southeastern et du Chiltern.
>>> Modern Railways – ERMAs extended with three operators

Norwegian_Railways Norvège – 39 milliards d’investissements dans le rail – On connait mal la Norvège et pourtant, ce pays bien loin tout au nord de l’Europe mérite aussi une attention. Le ministre des Transports Knut Arild Hareide présentait en mars dernier le plan national des transports 2022-2033 du gouvernement au Storting, le Parlement norvégien. Ces plans visent en grande partie les navetteurs qui entrent et sortent des plus grandes zones urbaines. Pour le transport de marchandises, la priorité est donnée aux mesures concernant le transport combiné, en renforçant quatre liaisons importantes. En outre, une augmentation du niveau de maintenance et de renouvellement du réseau est prévue, afin de combler l’arriéré. Comme partout en Europe, l’infrastructure a parfois été sous-estimée. Le plan a donc prévu un budget de 400 milliards de NOK (39,67 milliards d’euros) étalés sur 11 ans pour moderniser le chemin de fer. Parmi les grands chantiers : le Ringeriksbanen, une ligne nouvelle de 40 kilomètres entre Hønefoss et Sandvika, qui raccourcirait le trajet Oslo-Bergen. Mais aussi des augmentations de fréquences grâce à des doublements de voie, l’installation généralisée de l’ERTMS et une sorte de RER autour d’Oslo permettant des trains toutes les 10 minutes.
>>> Jernbane Direktoratet – NTP 2022-2033: Nesten 400 milliarder til jernbane

Trafic grande ligne

RegioJet Belgique/Pays-Bas – Un nouveau train de nuit entre Bruxelles, Amsterdam, Berlin et Prague – La semaine de Pâques fut grandiose en annonces de nouveaux trains de nuit. Commençons par les hollandais de European Sleeper. Ils nous avaient déjà mis l’eau à la bouche, voilà les précisions sur le trajet. Un Bruxelles-Amsterdam-Berlin-Dresden-Prague. Surprise : RegioJet se fendait d’un communiqué identique annonçant… un Prague-Bruxelles « avec comme partenaire la startup hollandaise European Sleeper » ! Difficile de s’y retrouver dans qui est responsable de quoi, RegioJet précisant tout de même qu’il sera responsable de l’opérationnel en Tchéquie et en Allemagne. Ce qui signifierait qu’European Sleeper prend en charge les trajets aux Pays-Bas et en Belgique. Le train ne sera mis en service que pour le printemps 2022, si tout se passe comme prévu. European Sleeper est à la recherche de financement et émettra des actions pour lever des capitaux, la collecte de fonds devant commencer en mai. Le partenariat avec RegioJet aurait pour but le lancement de ce train, car European Sleeper viserait d’autres destinations, cette fois avec son propre matériel roulant. Pour RegioJet, c’est aussi l’occasion de se faire connaître sur la façade Ouest de l’Europe, l’entreprise y étant relativement méconnue sauf des initiés.
>>> Communiqué d’European Sleeper – Our first night train runs to Prague
>>> Communiqué de RegioJet – RegioJet a nizozemský start-up European Sleeper plánují nový noční vlak na trase Praha – Berlín – Amsterdam – Brusel

RegioJet Belgique – Un nouveau train de nuit entre Bruxelles, Liège et Berlin – Le même jour que l’annonce d’European Sleeper/Regiojet, c’est une autre entreprise qui annonçait un train de nuit Bruxelles-Berlin, via Liège, sous le nom de Moonlight Express. Louis Lammertyn et Louis De Jaeger sont deux jeunes entrepreneurs belges qui souhaitent cette liaison nocturne et y travaillaient depuis un bon moment. Les initiateurs du Moonlight Express pensent que le train de nuit peut devenir un produit grand public, à l’égal de l’aviation low cost « qui détruit notre planète », souligne Louis Lammertyn. La question des coûts d’exploitation d’un train de nuit ne semble pas être un motif d’inquiétude, puisque la nouvelle société aurait trouvé du matériel roulant à louer. Le train doit lui aussi être financé par des fonds et des investisseurs. « Il y a un arrangement, mais cela n’a pas encore été enregistré à 100% sur papier », a déclaré Louis De Jaeger sur un site néerlandais. Concernant le confort, Moonlight Express entre un peu plus dans les détails, puisqu’il n’y aurait que des places couchées ainsi qu’une voiture bar/restaurant. Le trajet est aussi plus direct puisqu’il passe par classiquement par Liège puis Aix-la-Chapelle. Le lancement est lui aussi prévu au printemps 2022. Il y aura donc du monde l’année prochaine sur les quais de Bruxelles-Midi…
>>> Railtech.com – Belgian entrepreneurs start a night train between Brussels and Berlin

RegioJet Portugal – Les bars des Intercity vont faire l’objet d’une nouvelle concession – Comboios de Portugal, l’entreprise ferroviaire publique étatique, a dénoncé un contrat de concession des bars avec le groupe Lufthansa et lance un nouvel appel d’offres. Le litige : une réorganisation du personnel à bord des Alfa Pendular et des Intercidades, qui n’avait pas l’agrément de l’actuel concessionnaire. Le contrat entre LSG et les CP datait du 1er décembre 2018 et devait se terminer le 31 novembre de cette année, mais les perturbations causées par la pandémie ont conduit à des changements de service. Les 122 membres du personnel de bord étant mis au chômage, les CP avaient proposé de redistribuer ses salariés en en mettant deux sur les Intercidades et deux dans les Alfas, au lieu de respectivement 1 et 3 personnes comme initialement convenu. Les CP versent entre 110 et 120.000 euros par an pour ces services catering à bord, qui demeurent des activités déficitaires. Les CP veulent un service moins exigeant à l’avenir. Selon certains observateurs, la rentabilité ne serait atteinte que sur l’axe de Lisbonne-Algarve avec l’appui des touristes étrangers. Sur la ligne Nord, les Intercidades entre Lisbonne et Porto ne signifie pas l’abondance de recettes, sauf une fois de plus lorsqu’il y a beaucoup de touristes à bord. Le nouveau concessionnaire devrait être désigné pour le 1er août.
>>> Publico – CP denuncia contrato com grupo Lufthansa e lança novo concurso para os bares dos comboios

Ceske-Drahy Tchéquie – Les chemins de fer tchèques commandent 180 voitures de tourisme Viaggio Comfort – L’opérateur national Czech Railways (České dráhy – ČD) poursuit la modernisation de sa flotte desservant les lignes nationales et internationales longue distance. Le consortium de Siemens Mobility et de Škoda Transportation a remporté l’appel d’offres pour 20 rames de neuf voitures Viaggio Comfort d’une capacité de 555 places incluant des voitures pilotes, soit un total de 180 véhicules conçues pour une vitesse maximale de 230 km/h. Les voitures seront livrées de 2024 à 2026 et la commande est évaluée à environ un demi-milliard d’euros. Les CD possédaient déjà des voitures similaires aux Railjets autrichiens, qu’il aligne sur ses services Prague-Vienne-Graz. Comme l’exige la politique, une partie de la commande sera exécutée pour faire tourner l’industrie nationale tchèque. L’usine Škoda Vagonka d’Ostrava fera l’assemblage complet, les tests statiques et la mise en service des voitures. Le gestionnaire d’infrastructure Správa železnic, une entreprise indépendante, a également acheté deux voitures pour ses propres besoins de tests. Ces voitures des CD seront petit à petit mises en service sur les liaisons Prague – Ústí nad Labem – Berlin – Hambourg, Prague – Brno – Budapest et Prague – Brno – Vienne – Graz – Villach. Dès les premières années d’exploitation, les trains utiliseront leur vitesse maximale dans le tronçon entre Berlin et Hambourg.
>>> Siemens – Czech Railways orders 180 Viaggio Comfort passenger cars

Trafic fret

Bayern Allemange/Autriche – Un train de fret le plus durable possible – Un des grands handicaps du train de fret est la prégnance des retours à vide. En effet, certains wagons comme les citernes ou les wagons porte-autos ne peuvent contenir qu’un seul type de produit. Plein à l’aller, vide au retour. Et ce n’est pas écolo. La société sidérurgique Voestalpine de Linz, en Autriche, a pu monter avec les opérateurs DB Cargo et Cargo Serv un transport qui évite ces retours à vide. Un train-navette quitte Linz plein d’acier transporté pour les constructeurs automobiles en Bavière et, sur le chemin du retour, il ramène la ferraille des entreprises manufacturières vers le site industriel de Voestalpine. Gagnant-gagnant. Pour être encore plus durable, DB Cargo et CargoServ utilisent une électricité neutre en CO2 sur l’itinéraire. Sigrid Nikutta, PDG de DB Cargo, a souligné l’importance du nouveau service en termes de flexibilité et de conscience environnementale. «Notre nouvelle navette Bavaroise est non seulement rapide, mais elle est également flexible et peut s’adapter aux fluctuations de production au jour le jour. Cela convient beaucoup aux clients industriels. Et les nouveaux modèles électriques et hybrides des grands constructeurs premium allemands laissent nettement moins de traces de CO2 dans la production et la logistique », a-t-elle commenté. Un bel exemple de transport durable comme on aimerait en voir plus souvent.
>>> Railfreight.com – New Bayern-Shuttle shows the way to sustainable transportation

Technologie

Bayern France – Surveillance des portes de trains SNCF à distance et en temps réel – Les exploitants de matériel roulant gèrent des flottes hétérogènes de matériel roulant composées de véhicules récents et anciens. Les trains plus anciens sont moins «connectés» et fournissent donc moins de données de surveillance liées à l’état et à la santé du système. L’IoT (Internet of Things) permet de plus en plus d’aider à améliorer la disponibilité du matériel roulant et générer des gains de productivité. La promesse de la technologie est de réduire les coûts de maintenance de 10% à 30%, ce qui équivaut à plusieurs millions d’euros. Le fonctionnement des portes dans les trains est un aspect important de l’entretien et de la sécurité du matériel roulant, en particulier dans le matériel roulant plus ancien où le fonctionnement des portes n’est pas surveillé. Depuis 2017, SNCF recourt à l’internet industriel afin d’améliorer la qualité de service délivrée à ses clients. La direction du matériel de SNCF Voyageurs a donc signé un contrat cadre de 5 ans, sur la période 2020 à 2025, avec la société nantaise Stimio pour la livraison d’un minimum de 12.500 capteurs qui viendront compléter les 8.000 capteurs déjà fournis. La solution de monitoring des portes en temps réel peut être facilement déployée à l’aide de l’appareil IoT générique RAILNODE certifié ferroviaire. Avec RAILNODE, le nombre de cycles d’utilisation des portes, l’état mécanique de la porte ainsi que l’état de la porte (ouverte ou fermée) peuvent être surveillés en temps réel. Ces données collectées sont téléchargées sans fil directement dans un cloud et peuvent être visualisées dans OXYGEN, la solution cloud et de visualisation de STIMIO. Elles peuvent également être téléchargées directement dans le système d’information tiers du client.
>>> La Revue Digitale – SNCF augmente le nombre capteurs de surveillance de ses trains via l’internet des objets

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Prochaine livraison : le 21 avril 2021

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Publié par

Frédéric de Kemmeter

Cliquez sur la photo pour LinkedIn Analyste ferroviaire & Mobilité - Secrétaire de Global Rail Network Observateur ferroviaire depuis plus de 30 ans. Comment le chemin de fer évolue-t-il ? Ouvrons les yeux sur des réalités plus complexes que des slogans faciles http://mediarail.be/index.htm