Ouverture au public du projet Crossrail à Londres


23/05/2022 – Par Frédéric de Kemmeter – Signalisation ferroviaire et rédacteur freelance
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Le projet Crossrail est une infrastructure ferroviaire de type RER traversant Londres d’Est en Ouest. Cet immense projet baptisé par la suite ‘Elizabeth Line‘ est l’un des plus gros chantiers de la capitale britannique. Initialement prévu pour ouvrir en 2018, le projet fût continuellement retardé. Ce mardi, la section souterraine centrale est enfin ouverte au public.

Un projet prévu depuis longtemps
Le projet Crossrail est souvent attribué à un chantier du XXIème siècle, ce qu’il fut dans les faits. Mais l’idée remontait déjà à 1974 quand une étude pour le gouvernement et la ville de Londres recommanda un premier schéma appelé Crossrail et inspiré du RER parisien.

Dans les années 1991-1994, un projet de loi privé pour construire Crossrail est présenté mais fut finalement rejeté par le gouvernement conservateur de John Major. Ce n’est qu’en 2001 que Transport for London (TfL) et le ministère des Transports (DfT) créèrent un organisme commun, Cross London Rail Links, pour développer une nouvelle ligne sous la ville. L’idée était encore d’être prêt pour les Jeux Olympiques de 2012. Mais il fallu vite déchanté.

Entre 2005 et 2008, un projet de loi Crossrail était élaboré pour être finalement adopté par le parlement. Le gouvernement et TfL s’engagaient à construire cette ligne pour 15,9 milliards de livres sterling. Mais il devenait clair que le projet ne serait pas prêt pour les fameux Jeux. Crossrail est donc le nom du projet de construction et de la société anonyme qui en était le maître d’ouvrage, et qui était détenue à 100 % par TfL.

Relier des quartiers d’affaires mondiaux
Le projet s’étend sur près de 96 kilomètres, depuis de Reading et l’aéroport d’Heathrow à l’ouest jusqu’à Shenfield et Abbey Wood à l’est. 

Avant Paddington et au-delà de Stratford, la ligne refait surface (en bleu), pour l’éloigner de Londres, jusqu’à Reading à l’Ouest et une double branche destinée à Shenfield et Abbey Wood à l’Est.

Crossrail_London
(schéma Crossrail)

Cette ligne répond au souci d’enfin relier les terminaux T2, T3, T4 et T5 de l’aéroport d’Heathrow directement aux quartiers d’affaires de la City et, plus à l’Est, de Canary Warf.

Londres est – comme on le sait -, la plaque tournante mondiale en matière de finance internationale. La célèbre City – sous laquelle on a construit les stations de Crossrail de Liverpool Street – brasse des dizaines de milliards de livres sterling par an. C’est la première place financière d’Europe.

Crossrail_London
(wikipedia)

Canary Wharf est un quartier de Londres développé depuis les années 90 sur le site des anciens West India Docks. Ce quartier d’un 1,5 million de m² de bureaux et d’espaces commerciaux devait être une sorte de seconde City, mais le projet n’eut pas le succès escompté en raison notamment de l’oposition de la ville de londres qui modifia des lois urbanistiques pour condenser et favoriser encore un peu plus la City originale.

Ce nouveau quartier à l’Est de Londres est néanmoins connecté au projet Crossrail – et à l’aéroport d’Heathrow -, avec sa gare éponyme.

Crossrail_London
(wiipedia)

Génie civil
42 kilomètres de nouveaux tunnels (en rose ci-dessus) furent nécessaires en centre-ville pour traverser des espaces urbains les plus densément peuplés du monde. Huit tunneliers de 1000 tonnes – mobilisant chacun une équipe de 20 personnes -, ont été utilisés pour creuser sous la capitale britannique.

10 nouvelles gares furent construites en plein coeur de Londres, mais en souterrain. Des lieux familiers depuis des décennies comme la gare de Farringdon, qui accueille déjà l’autre grande traversée londonienne Thameslink, ont été entièrement reconstruit.

À Farringdon, Crossrail rencontre l’autre grande transversale londonienne, Nord-Sud cette fois : la célèbre Thameslink.

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(Photo BFK Crossrail)

Trois systèmes de signalisation
Côté technique, il y a en réalité trois systèmes de signalisation : ETCS (European Train Control System) pour la branche vers Heathrow, CBTC de Siemens (Communication Based Train Control) pour la partie centrale en tunnel et le système de classe B anglais AWS/TPWS pour la partie Est. 

L’intégration de trois systèmes de signalisation a été un véritable défi pour ce projet, d’autant plus que par exemple la section vers l’aéroport de Heathrow est munie de l’ETCS, lequel est une nouveauté en Grande-Bretagne (1).

La complexité de ces systèmes différents et la façon dont ils fonctionnent ensemble a causé une bonne partie des délais à Crossrail. « De nos jours, les trains sont plus des logiciels que du matériel », explique au Wired le célèbre commentateur Christian Wolmar. « Le matériel est assez simple mais le logiciel est le vrai problème. Le débogage du logiciel est une tâche énorme. »

À noter que la ligne utilise la caténaire 25kV sur toute sa longueur.

Des rames Bombardier
La ‘Elizabeth Line’ sera exploitée par 70 rames Bombardier Aventra Class 345 à 9 voitures commandées par TfL et maintenues dans un tout nouveau dépôt édifié à Old Oak Common, lequel a ouvert ses portes en juin 2018 et couvre 14 hectares.

Ce dépôt dispose de 9 voies principales à l’intérieur et 33 voies de garage à l’extérieur. En pratique, ce sera maintenant à Alstom à assurer la suite du contrat, puisque que la firme française a racheté le canadien l’année dernière.

Crossrail_London

Un concessionnaire privé
MTR, une entreprise créée en 1972 à Hong-Kong, et active notamment en Suède, a remporté la concession pour exploiter les services de la Elisabeth Line pendant huit ans sur décision de TfL London Rail du 18 juillet 2014, avec une option pour deux ans supplémentaires. Le contrat a une valeur d’1,66 milliard d’euros.

L’accord de concession est construit autour d’objectifs de performance fixés par TfL, qui reste responsable de la billetterie et de la collecte des recettes. MTR devrait employer et former environ 1.100 personnes dont 400 conducteurs.

Tests
En novembre 2021, les premiers tests pouvaient commencer sur le tronçon central. Plus de 150 scénarios pour tester la sécurité et la fiabilité ont dû être réalisés pour garantir la disponibilité du service des trains et de la ligne dans son ensemble. Il s’agissait notamment d’exercices pour s’assurer que tous les systèmes et procédures fonctionnaient efficacement et que le personnel pouvait réagir à tout incident, des pannes de signalisation aux passagers tombant malades. 

Ouverture au public
Finalement, ce chantier crossrail porte bien son nom de Elisabeth Line. 2022 est en effet l’année du jubilé de la Reine d’Angleterre, laquelle inaugura les lieux le 17 mai dernier.

Dans un premier temps, les trains circuleront six jours par semaine, sans service le dimanche, toutes les cinq minutes de 06h30 à 23h00. La ligne fonctionnera en trois parties : d’Abbey Wood à Paddington, de Heathrow et Reading à Paddington, et de Shenfield à Liverpool Street.

Les trains directs d’Heathrow ne continueront sur la section centrale de la ligne qu’à partir de l’automne prochain, tandis qu’il faudra attendre mai 2023 pour que les voyageurs puissent voyager directement d’un bout à l’autre de la ligne au complet.

Il restera à voir comment va se comporter la clientèle, en cette période de post-pandémie qui a complètement changé les habitudes de déplacements.

(1) La ligne à grande vitesse HS1 entre Londres et le tunnel sous la Manche fonctionne avec la TVM française et l’AWS britannique.

Crossrail_London

23/05/2022 – Par Frédéric de Kemmeter – Signalisation ferroviaire et rédacteur freelance
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Publié par

Frédéric de Kemmeter

Cliquez sur la photo pour LinkedIn Analyste ferroviaire & Mobilité - Rédacteur freelance - Observateur ferroviaire depuis plus de 30 ans. Comment le chemin de fer évolue-t-il ? Ouvrons les yeux sur des réalités plus complexes que des slogans faciles http://mediarail.be/index.htm

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