Ces gares qui devraient devenir des vitrines de leur quartier


19/09/2022 – Par Frédéric de Kemmeter – Signalisation ferroviaire et rédacteur freelance
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Les quartiers de gares ont trop souvent été des lieux de concentration de la misère urbaine et sociale. Mais les gares n’ont plus toujours l’emploi qu’elles avaient hier, au temps où le chemin de fer était le transport dominant. Leur transformations en lieu de vie devrait permettre de tourner le dos au passé.

Il faut le reconnaître. Il y a eu, singulièrement après la seconde guerre mondiale, une sorte d’abandon progressif des gares dans le sens où leur esthétique sembla se figer pour l’éternité.

Beaucoup de petites gares des villes ou bourgs de province ont laissé une très mauvaise image du chemin de fer et du service public tout au long du XXème siècle : des endroits sales et vieillots, d’où jaillissait l’idée qu’on maintenait à bout de bras quelque chose qui allait un jour se terminer.

Pour la majorité des personnes, la gare reste encore un lieu de passage, celui que nous quittons le plus rapidement possible pour aller en ville, au travail ou pour retourner à la maison. Pas question de s’attarder au milieu de cet environnement qui, avec ses trains bruyants, ressemble plutôt à un endroit industriel qu’à un lieu agréable.

Le premier problème est que des lieux déliquescents impreignent les quartiers environnants et posent des soucis immobiliers, attirant notamment des activités souvent précaires et un bâti esthétiquement « bricolé » et sans âme. Les entrepôts et entreprises liées à la voie ferrée laissaient souvent place à des friches abandonnées. C’est encore le cas de nos jours.

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Gendron-Celles, Belgique, en 1980, semble avoir été figée depuis les années 30… (photo Michel Huhardeaux via license flickr)

Le second problème est que la gare a toujours été l’affaire de l’opérateur ferroviaire historique et jamais celle de la commune. Cet opérateur n’ayant jamais reçu les moyens pour rénover les gares – ou si peu -, comment alors concilier des intérêts parfois bien divergents entre le chemin de fer qui doit faire des économies et une municipalité qui veut autre chose qu’un quartier paupérisé ?

Et puis il y aura toujours quelques nostalgiques, pour qui « la gare n’est là que pour servir des tickets« . Certes. La problématique des gares vides sans personnel, avec la fermeture des guichets et l’implantation des automates de ventes, n’est évidemment pas un signe de vie. Mais même avec du personnel, les gens finalement ne faisaient que passer. Est-ce mieux ?

Il était donc temps de voir les choses autrement…

Des lieux de vie plutôt que des lieux de passage

D’un côté, les gares sont des emplacements idéaux pour les petits magasins, car ce sont des carrefours d’interaction humaine où des centaines voire des milliers de personnes passent chaque jour. Chaque personne dans ce flux de trafic pédestre est un client potentiel qui pourrait avoir besoin d’un objet spécifique ou d’acheter sur impulsion en attendant son train. 

D’un autre côté, la mobilité nécessite la prise en compte de la vie sociale et économique de chacun, de prévoir les futurs régimes de déplacement, des habitudes et des nouvelles pratiques des populations. Il n’est plus un secret que l’achat de billets par automate ou en ligne ont largement dépassé les ventes physiques. La question s’est rapidement posée au sujet des solutions à trouver quand les guichets doivent être abandonnés.

L’idée est alors venue d’intégrer les gares dans leur quartier plutôt que de former une « frontière » entre la commune et le service public ferroviaire.

À travers le passage dans une gare, il devrait être possible à chacun de faire une course ou d’obtenir un service. Le quartier de gare peut ainsi se revaloriser sur le plan commercial et foncier, et la vie sociale s’y fait plus dynamique, engendrant une rénovation du bâti plutôt que sa paupérisation.

Pour être un « village urbain », les gares doivent entre autre répondre à deux impératifs : être des lieux et constituer des espaces publics sécurisés. Cela ne signifie cependant pas d’y installer du personnel qui ne fera que regarder passer les trains…

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À Copenhague, la petite gare d’Østerport, au nord de la ville (photo Mediarail.be)

Dans le concret…

Dans les anciens bâtiments dépourvus de guichets, des halls sont dégagés, et, parfois, des étages (souvent l’ancien appartement du chef de gare) ou des bâtiments annexes sont rénovés en vue de créer des espaces collaboratifs dédiés à diverses fonctions externes aux activités ferroviaires.

Dans d’autres cas, c’est carrément le bâtiment gare au complet qui est vendu. Il est alors question de mettre des activités en adéquation avec le quartier directement environnant.

Se basant sur une expérience pilote concluante, la SNCB, notamment, a récemment lancé un appel pour des fournisseurs alimentant des points de collecte en produits alimentaires locaux de première qualité – principalement des fruits et légumes – préalablement commandés en ligne à retirer sur place une ou deux fois par semaine. Les riverains et les voyageurs pourraient ainsi venir chercher leur commande après le travail, avant de rentrer chez eux.

Le point de collecte, un classique imaginé partout en Europe. En Allemagne, DHL va installer des box à colis dans 800 gares. La problématique de l’e-commerce, qui impose de nombreux mouvements de livreurs, trouverait ici une solution plus durable.

Un bel exemple est le Cafe Bruno à l’Alten Bahnhof de Tapfheim, une petite gare située entre Ulm et Donauworth. Une restauration avec goût et un restaurant apprécié, même s’il n’est pas ouvert que cinq jours par semaine. Avantage : maintien du bâtiment jusqu’en fin d’après-midi, et même en soirée les vendredis et samedis, ce qui sécurise le quartier et la gare elle-même, desservie par un train par heure jusqu’à minuit.

D’autres exemples nous montrent des espaces de réparation de vélos, des lieux mélangeant la restauration, le dépôt de pain et la librairie. Au risque de faire oublier qu’on est dans une gare ?

Cela dépend de la perception de chacun. Mais si on veut intégrer la gare dans son quartier, il devient en effet nécessaire de faire en sorte que ladite gare soit aussi un lieu fréquenté par des habitants ne prenant pas le train.

Mais l’utilité de ces transformations serait peu utile si on ne revitalise pas les « parvis de gare ». Une fonction qui est à charge des communes, dans la plupart des cas. De nombreux exemples sont aujourd’hui disponibles en Europe concernant des revitalisation urbanistiques très réussies devant des gares qui, autrefois, inspiraient la tristesse.

L’occasion de revoir aussi les flux, la place de l’auto et de redynamiser un ensemble urbain voire toute une commune, surtout celles délaissées depuis des décennies. 🟧

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Attnang-Puchheim, Autriche (photo Architektur Studio Gilhofer)

19/09/2022 – Par Frédéric de Kemmeter – Signalisation ferroviaire et rédacteur freelance
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Publié par

Frédéric de Kemmeter

Cliquez sur la photo pour LinkedIn Analyste ferroviaire & Mobilité - Rédacteur freelance - Observateur ferroviaire depuis plus de 30 ans. Comment le chemin de fer évolue-t-il ? Ouvrons les yeux sur des réalités plus complexes que des slogans faciles http://mediarail.be/index.htm

2 réflexions au sujet de “Ces gares qui devraient devenir des vitrines de leur quartier”

  1. En Suisse, les commerces implantés sur le site de la gare bénéficient d’horaires d’ouvertures étendus (au même titre que les stations service), donc elles ont souvent un kiosque, une supérette.
    Le fait que les gares sont des «hubs» de transport public et/ou de tourisme pédestre font qu’on y trouve des petits commerces ou des restaurants/cafés.

    J’aime

    1. En Autriche la majorité de ces projets sont automatiquement des projets des ÖBB, du Land et des communes concernés, quand les deux dernières sont les financières principales de la modernisation des gares. Et ils lancent régulièrement un projet pour le parvis (Bahnhofsvorplatz) ou plutôt tout le quartier, la gare routière et les arrêts des transports de la ville.

      Et, il faut dire, ce n’est pas qu’une question de fonctionnement mais aussi de la représentation. L’Autriche est un pays très touristique et la gare est vu comme entré de la ville, c’est la première impression d’un touriste qui arrive. Cette manière de vu est certainement une des moteurs plus importantes pour la dernière, grande vague de modernisation des gares, qui me semble d’être une des plus importantes en Europe.

      Attnang-Puchheim est encore plus, une gare comme entrée dans une région entière, quand la ligne du Salzkammergut vers Gmunden, Bad Ischl, Hallstatt, et Bad Aussee démarre ici et les voyageurs, dont les touristes, doivent changer train. Il faut dire, avant la remise en état de la gare, qui était un des plus moches du pays, était la honte de la région. Ca changeait bien dans le sens contraire.

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