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CFF et ÖBB veulent davantage de trains internationaux

Les ÖBB et les CFF veulent intensifier leur coopération, notamment en matière de train de nuit. C’est ce qu’ils ont déclaré ce jour. Surfant sur la vague actuelle des « déplacements écolos » et de la « honte de l’avion », les deux sociétés souhaitent s’engager en faveur de conditions cadres plus favorables à l’exploitation de trains de nuit, par exemple concernant le soutien financier des trains de nuit par le biais de redevances CO2 ou l’allègement des coûts d’exploitation qui en résultent (p. ex. redevance d’utilisation des sillons).

Une des motivations serait la demande de trafic ferroviaire international qui aurait fortement augmenté au premier semestre de 2019. Outre l’augmentation progressive de l’offre, l’importance croissante du contexte politique climat auprès de la jeune clientèle a certainement contribué à renverser la vapeur et la stratégie. Les CFF disent avoir poursuivis depuis de nombreuses années une stratégie de coopération aux niveaux national et international et ont régulièrement élargi leur offre avec d’autres chemins de fer des pays voisins. Mais on observe que c’est souvent le matériel roulant des voisins qui opère le trafic international, sauf peut-être vers l’Italie.

NJ 471 à Hornussen (photo Pascal Hartmann via licence flickr)

Des projets
Dans la pratique, les CFF annoncent d’entrée de jeu l’extension des EuroCity (EC) entre Zurich et Munich, qui passeraient dès décembre 2020 à six liaisons quotidiennes par direction.Ces trains ne concernent qu’une toute petite partie du réseau ÖBB, tout au sud du lac de Constance, en passant par Bregenz. L’amélioration et l’électrification de la ligne entre Lindau et Munich, aux frais des allemands, est un élément clé pour l’amélioration de ce trajet. Une ligne calme en dehors des gros flux nord-sud, où l’entreprise suisse compte manger le gâteau actuellement détenu par les 19 relations par bus de Flixbus. On ne sait pas encore quel sera le matériel exploité et la probable coopération avec la Deutsche Bahn.

Concernant les célèbres trains de nuit – en particulier entre Zurich-Bâle et Berlin, ainsi que Hambourg – une extension de capacité est dorénavant examinée. Ces liaisons Nightjet ont carrément atteint leurs limites de capacité en raison de la forte augmentation de la demande. C’était déjà une réalité l’année dernière. Il n’y a pas de précisions opérationnelles actuellement mais il n’est pas impossible que le Nighjet NJ470, commun pour Berlin et Hambourg, soit désormais scindé en deux trains certains jours ou en fin de semaine.

En coopération avec les chemins de fer tchèques (CD), les CFF étudient aussi la possibilité d’élargir l’offre entre Zurich et Prague, où ne circule qu’une voiture-lits qui accompagne le Nightjet NJ466 de Linz à Zurich (et retour). Une demande de la jeune clientèle pour faire aussi circuler des couchettes, moins chères, devrait pouvoir être honorée à brève échéance.

En outre, les deux partenaires ambitionnent d’intégrer d’autres villes d’Europe restant à définir au réseau Nightjet et de les relier à la Suisse. Actuellement, l’offre de trains de nuit concerne deux Nightjets totalisant 7 destinations au départ de Zurich, ce qui en fait déjà la deuxième plaque tournante du trafic de nuit en Europe, tandis que Vienne en compte davantage et est devenue le « hub train de nuit » numéro un, avec cinq Nightjets chaque soir totalisant 11 destinations, sans compter un train de nuit hebdomadaire vers Moscou et un autre quotidien vers Bucarest.

>>> À lire : Nightjet, la renaissance du train de nuit

Le Nightjet de demain (photo ÖBB)

Cette annonce peut être traduite par la volonté des CFF de redevenir au devant de la scène européenne… et de se protéger ! Jusqu’ici on avait plutôt assisté à une politique de repli, notamment en 2009, quand les CFF avaient déclaré les trains de nuit “non rentables” et cessèrent leur exploitation. Une autre époque, dans la foulée de la crise de 2008, dit-on. Encore en 2015, les CFF avaient répondu, face aux activistes de Umverkehr, qu’ils préféraient se concentrer sur les correspondances quotidiennes qui rendent les destinations européennes réalisables dans un délai de quatre à six heures. Les temps de trajet dans le trafic international longue distance étaient déjà considérablement réduits, justifiait à l’époque la société.

Il fallait aussi battre en retraite face à un secteur aérien très agressif : trois vols sur quatre partant de Suisse se dirigent vers des destinations européennes, jamais très loin. Dans le top cinq : Londres, Berlin, Amsterdam, Vienne et Paris – toutes les villes accessibles en train en un jour ou une nuit. Etonnamment, on voyait de moins en moins le label suisse sur les voies européennes, par exemple sur Zurich-Innsbruck-Vienne, où le matériel roulant et le service sont presque devenus un monopole autrichien, avec ses Railjets et son Nightjet quotidien, fort bien remplis.

La coopération est aussi une stratégie assumée aux CFF : pas question d’offensive en open access hors du pays, car « on » demanderait alors la contrepartie, ce que les CFF redoutent au plus haut point. L’entreprise suisse n’a pas les moyens ni la carrure de sa sœur autrichienne pour se lancer à la conquête de l’Europe alpine ou centrale. Il est donc préférable pour l’opérateur étatique de s’entendre avec les entreprises voisines, par exemple avec la SNCF au travers de Lyria, ce qui est aussi un bon moyen de se partager le gâteau face à des voisins offensifs et gourmands. Les CFF sont aussi coincés entre le géant allemand Deutsche Bahn et un éléphant qui se réveille, Trenitalia. Tout cela concoure à baliser le terrain et à bomber le torse.

Et puis, les suisses veulent sécuriser leurs lourds investissements, notamment en matériels roulants… et en tunnels. Le grand défis des CFF est de «remplir le coûteux Gothard». Ils ont ainsi signé en 2018 un accord de coopération avec Trenitalia, afin de mieux se positionner. On se rappellera l’aventure Cisalpino, entamée en 1993 et qui pris fin en 2003 dû à une forte détérioration de la qualité du matériel roulant. Les deux pays ont remis le couvert mais sans société commune cette fois. Chacun chez soi avec ses qualités et ses handicaps…

Les prix faciles : pour bientôt ?
Reste à voir l’impact sur les prix de cette politique de coopération. Le site web des CFF fait parfois l’objet de certaines critiques : savoir combien coûte un billet de Zurich à Copenhague passe encore par l’information téléphonique payante, comme au temps de bon papa, s’étonne un journal. « En ce qui concerne les possibilités de réservation, le train a pris du retard sur le trafic aérien », reconnaissent les CFF. Mais ce n’est évidemment pas faute de la seule entreprise helvétique, loin s’en faut.

Des portails tentent pourtant de donner des couleurs à la présentation des offres commerciales, mais contrairement à l’aérien, les données ne sont pas normalisées dans le trafic ferroviaire pour cause de service public national protégé. Chaque transporteur ferroviaire conserve sa culture et dispose de son propre système de réservation « fait maison », de son propre code de gare et de ses propres directives. Les CFF ne font pas exception. « Cette fragmentation rend très complexe, en particulier pour les itinéraires transfrontaliers, de combiner des offres avantageuses de fournisseurs individuels », déclare-t-on chez Omio, une plateforme de réservation indépendante. Il faut dire aussi qu’en cette ère du numérique, la guerre du meilleur siteweb est lancée depuis longtemps. OUI.Sncf ou le suédois SJ.se peuvent en témoigner : les datas, c’est l’or noir de demain.

En juin dernier, les CFF, les ÖBB et Deutsche Bahn ont conçu le site web trainite.eu dans le cadre d’un hackathon. « Ici, les clients ferroviaires peuvent facilement rechercher des trains de nuit et sont redirigés vers la réservation sur le site Web de l’opérateur correspondant », expliquait le porte-parole des CFF, Raffael Hirt. Le train international en quelques clics, pour un portail appelé à se développer.

Quelle suite ?
En dépit des bons trafics Nightjet, les CFF ne rentrent pas leurs frais en ce qui concerne les services fournis avec les trains de nuit des ÖBB sur Zürich. « Notre priorité est de déterminer pour quelles relations il existe une vraie demande. » déclare au Blick Toni Häne, le directeur Voyageurs aux CFF. « Personnellement, je veux à nouveau un train de nuit pour Barcelone. C’est clairement ma priorité » rapporte ce cadre de 63 ans.

Le contexte politique actuel semble donner des ailes à des projets tous azimuts favorables au train. Il faut clairement en profiter et aller chercher un maximum d’argent disponible. La vague verte n’aura qu’un temps, car on n’imagine pas une seconde que les avions et les autocars vont rester les bras croisés…

Le Thello 220 à Auxonne, en mai 2018 (photo Pascal Hartmann via licence flickr)

 

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Regiojet ira bientôt de Vienne à Budapest. Une bonne nouvelle pour les prix !

Les Tatras, en Slovaquie, n’ont rien à envier aux Alpes. Destination favorite des tchèques qui profite plutôt bien à Regiojet (photo Schnitzel_bank via license flickr)

Ils ne seront plus seuls :  les ÖBB et les MAV verront bientôt leur Railjet Vienne-Budapest concurrencés par… Regiojet, le privé tchèque à l’appétit décidément grandissant ! Les trains jaunes vont en effet relier les deux capitales impériales dès 2020, en utilisant deux des quatre aller-retour Prague-Vienne, qui seront en quelque sorte prolongés, moyennant un demi-tour à Vienne-Hauptbahnhof. Et qui va faire le service opérationnel ?

Ce sera Westbahn ! L’opérateur privé autrichien, qui allège sont service sur Vienne-Salzbourg, dispose à présent de personnel de conduite en suffisance pour faire un autre métier : tractionnaire pour autrui. Nous avions déjà relaté que Westbahn s’occupera des opérations techniques entre Vienne et Břeclav pour les quatre trains Prague-Vienne. Westbahn fera de même pour les deux trains Vienne-Budapest, jusqu’à la gare frontière d’Hegyeshalom. De là, c’est le très méconnu opérateur hongrois Continental Railway Solution qui prendra en charge les fonctions opérationnelles et techniques jusqu’à Budapest. En dehors du petit réseau GySev, c’est le premier vrai compétiteur grande ligne pour le chemin de fer hongrois public, les MAV (Magyar Államvasutak), qui opèrent leurs intercity sous la marque MAV-Start.

>>> Lire aussi : Un nouveau job pour WESTbahn, tractionnaire

Toutes les autres activités – y compris la politique commerciale, le service clientèle ou le service passagers à bord – relèveront entièrement de RegioJet pour l’ensemble du trajet reliant Prague à Vienne et à Budapest. Comme pour les autres trains internationaux RegioJet, il n’y aura aucun changement de personnel de service, d’échelle ou de qualité de service, même après le franchissement de la frontière. Sur les trajets Prague – Brno – Vienne – Budapest et retour, les passagers peuvent également profiter de la gamme complète de services de RegioJet. Dans les trois classes Standard, Relax et Business, toute la gamme de RegioJet à bord est proposée aux passagers.

La concurrence avec l’entreprise publique CD devient sérieuse, quand on atteint près de 6 millions de voyageurs annuels (photo Kevin Prince via licence flickr)

RegioJet offrira aussi pour la première fois une liaison ferroviaire entre deux capitales situées en dehors de la République tchèque, c’est à dire hors de son pays d’attache. La société a son siège non pas à Prague mais à Brno. Les trains longue distance de RegioJet, opérant en République tchèque, en Slovaquie et en Autriche, ont transporté environ 3,1 millions de passagers au cours du premier semestre de cette année, rien que sur le segment ferroviaire grande ligne. Le nombre de passagers transportés par RegioJet continue de croître rapidement et la compagnie a transporté environ 12% de passagers en plus au premier semestre par rapport à la même période de l’année dernière. Regiojet se met même dans le train de nuit…

>>> Lire aussi : Tchéquie / Slovaquie : trois trains de nuit en concurrence vers les Tatras !

Pression sur les prix

La nouvelle d’un concurrent privé est d’importance sur plusieurs points. Sur la relation Graz-Vienne-Prague, l’entreprise publique CD exploite des rames identiques aux Railjet des ÖBB, à raison de sept trains par jour. Depuis l’arrivée de Regiojet fin 2017, rajoutant quatre trains, les prix se sont effondrés comme par enchantement, de généralement 39 euros à… 19 euros, comme a pu le constater votre serviteur. L’autre point est que ni sur Prague, ni sur Budapest il n’y a de projet à grande vitesse : l’Europe centrale restera le royaume de l’intercité, que la France et la Belgique ont abandonné. Pour être plus clair : tant le service public que les concurrents perpétuent la bonne rame tractée, bien moins cher qu’un TGV ou un AGV Alstom ou un ICE Siemens. Or, pour la concurrence, le facteur prix est crucial, comme on a pu le voir avec la déconvenue de Westbahn. Regiojet, comme Snälltåget en Suède ou Flixtrain en Allemagne, utilise du matériel de seconde main ou à moindre prix. Et si on veut du neuf, la firme roumaine Astra propose des voitures full compatibles UIC pour un prix raisonnable. Tout cela concoure à créer un marché ferroviaire de très bonne facture et avec de bons prix.

>>> Voir la fiche technique Regiojet

L’Europe centrale montrerait-elle la voie d’une Europe ferroviaire dynamique ? C’est fort probable, malgré l’épisode Westbahn, qui finira par s’oublier quand viendront les nouvelles rames KISS 3 à meilleur prix. En attendant, que pourrait-on souhaiter de mieux que de voir arriver Regiojet à Berlin, ainsi que Flixtrain à Salzbourg et Innsbrück. L’Europe du rail et du climat, cela passera par les prix et le service…

De plus en plus de rames jaune en gare de Prague hlavní nádraží . De bon augure pour la suite (photo Janusz Jakubowski via license flickr)

 

Un nouveau job pour Westbahn : tractionnaire

(photo Michael Coghlan via flickr)

RegioJet et Westbahn, deux grandes compagnies privées en open access en Europe centrale, vont collaborer pour la traction des trains RegioJet qui relient Vienne, Brno et Prague quatre fois par jour. Westbahn sera responsable de l’exploitation de ces trains sur la section autrichienne située entre la gare centrale de Vienne et la gare frontière de Břeclav, en Tchéquie. Cela est dû à l’expiration du contrat en décembre prochain, entre Regiojet et le Graz-Köflacher Bahn, qui officiait jusque-là avec ses conducteurs. La poursuite du partenariat entre le GKB, qui était une société publique, et Regiojet, aurait échoué en raison de la structure des coûts. RegioJet a tout de même tenu a souligné que, « la coopération avec GKB a été extrêmement professionnelle et a contribué au succès général de ces trains ». En coulisses cependant, on faisait état de divergences concernant le futur de la coopération et des conditions d’exploitation ainsi que sur l’orientation stratégique, menant Regiojet à rechercher un autre tractionnaire qualifié sur le sol autrichien. À compter du 15 décembre 2019, Westbahn reprendra donc l’exploitation des trains RegioJet, et tant ses conducteurs que ses agents de bord seront responsables de toutes les tâches opérationnelles en vigueur sur le territoire autrichien.

Rappelons que Westbahn a prévu de restreindre ses services à un train par heure sur Vienne-Salzbourg au lieu de deux, et avait donc du personnel disponible. La société, qui revend son matériel KISS récent pour… en racheter du nouveau à de meilleures conditions financières, fait donc un peu ce qui se pratique en aviation : le prêt de personnel “naviguant”.

>>> Lire aussi : Westbahn vend ses KISS et …rachète des KISS !

Le privé autrichien et RegioJet coopèrent déjà en partageant un point de vente commun à la gare principale de Vienne. Par le biais de ses propres canaux de vente, RegioJet vend également des billets pour les trains Westbahn, qui servent de services de trains complémentaires de et vers d’autres villes autrichiennes, comme Linz ou Salzbourg.

Regiojet poursuit ainsi sa dynamique de croissance. Sur une base commerciale entièrement, RegioJet exploite des trains longue distance reliant Prague à Vienne, Bratislava, Košice, Brno, Ostrava et d’autres villes. Le privé tchèque opère quatre aller-retour par jour et propose des services dans quatre classes dans des rames de l’ex-ÖBB, dont les voitures sont restées immatriculée en Autriche. Contrairement aux CD Railjet de l’entreprise publique CD,  RegioJet exploite ses trains sans aucune subvention et ni subsides. L’occupation moyenne des trains est de plus de 80%. La société s’attend pour 2019 à une nouvelle croissance des bénéfices ainsi qu’une croissance de 10-15% du nombre de passagers.

(photo pressroom Regiojet)

 

Regiojet : le privé tchèque qui fait du train Intercité

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Le tchèque Regiojet, jadis aidé par Keolis, est un privé maintenant bien installé dans le paysage de l’Europe centrale, puisqu’il exploite ses trains dans trois pays.

Regiojet est le premier opérateur privé de transport ferroviaire de passagers en République tchèque. C’était une filiale à 100% de Student Agency, une agence créée en 1993 par le bouillant Radim Jančura, qui était étudiant entrepreneur de la VUT de Brno, la deuxième grande ville du pays. Jančura va profiter de l’implantation, dans la législation tchèque, de la directive européenne 2007/58/CE – qui entérine l’open access en autorisant la possibilité du cabotage -, et qui permet en Tchéquie de recevoir des subventions de l’État en contrepartie d’un engagement tarifaire pour les étudiants et certaines autres catégories sociales, y compris sur les lignes de bus. Comme le fond de commerce du réseau de bus de Student Agency est justement le public étudiant, Radim Jančura, aidé par Keolis (SNCF) sur les aspects pratiques, est convaincu qu’il peut faire le même business avec des trains. Ainsi naquit Regiojet…

Le patron, Radim Jančura , à côté de l’un de ses bébés…

Comme la législation tchèque ne « protège » plus les České dráhy (CD, l’entreprise ferroviaire jusque-là en monopole), la nouvelle firme a pu s’enregistrer en tant qu’entreprise ferroviaire le 6 octobre 2009. À l’inverse de Leo Express, de WESTBahn ou de NTV-Italo, Regiojet n’optait pas pour du matériel neuf mais pour du matériel de seconde main vendu par les réseaux étrangers.

Et ça tombe bien. Depuis 2008, le voisin autrichien avait lancé ses Railjets rutilants, signifiant la mise à l’écart d’un grand nombre des excellentes voitures UIC “Z”, qui composaient les ex-Intercity/Eurocity des ÖBB, et dont la réputation n’était plus à prouver. Comme les ÖBB mettaient en vente un grand nombre de ces voitures, essentiellement de première classe, Radim Jančura en racheta. Plus au sud, en Italie, le Ferrovie Nord Milano voulait se débarrasser de ses machines 3kV E 630 qui étaient… d’origine tchèque Skoda. Radim Jančura les racheta également et les remit au type de retour au pays, dans l’atelier Metrans Dyko de Kolin dont nous avons parlé avec l’article Metrans.

Lancement des premiers trains, à l’origine avec les célèbres locomotives Skoda reconfigurées (photo Martin Hefner via wikipedia)

Ainsi paré de 9 locomotives et 28 voitures, Regiojet débuta son premier service en septembre 2011 sur la liaison Prague – Ostrava (- Žilina). La livrée reprend celle des bus de Student Agency : jaune d’oeuf, histoire de ne pas passer inaperçu et de globaliser l’offre. À bord, les clients peuvent profiter des mêmes services et équipements que les bus, avec notamment le wifi intégral et sans chichi, testé par votre serviteur. Un simple e-mail de confirmation tient lieu de titre de transport !

Aujourd’hui, la société de Radim Jančura dispose :
– de +/- 90 voitures, comprenant des ex-ÖBB et CFF reconditionnées et une commande de 70 véhicules neufs au roumain Astra;
– de locomotives Skoda et de TRAXX en cours de livraison ;
– de 370 employés contractuels.

Pour l’anecdote, ces voitures ne sont pas enregistrées en République tchèque mais en Autriche. Le CEO Radim Jančura explique cette curieuse politique par la mauvaise expérience qu’il a rencontré à ses débuts avec l’autorité nationale tchèque d’entregistrement des véhicules, qui semblait vouloir créer quelques ennuis au nouveau venu. Parmi les voitures, les Bmpz 20-90 du roumain Astra font figure d’exception : elles disposent d’écrans de divertissement à la manière des compagnies aériennes, les mêmes qui équipent aussi les bus de Student Agency. Il s’agissait en 2017 d’une première européenne qu’aucune compagnie ferroviaire n’avait encore introduit jusqu’ici.

Les nouvelle voitures Astra, avec écran incorporés à chaque dos de siège (photo presse Michal Sula MAFRA)

Chez Regiojet, c’est le type de billet – et son prix -, qui fait le confort décliné en quatre games :
Business : siège en cuir dans des compartiments de 4 places, boissons, thé au choix, wifi et journaux tchèques et slovaques;
Relax : compartiment de première classe à six places, boissons, thé au choix, wifi et journaux tchèques et slovaques;
Standard : sièges dans des compartiments classiques à 6 places, pas de WiFi, ou des sièges en 2+2 dans les voitures Astra avec là le Wi-Fi gratuit et des écrans tactiles de divertissement.
Low-cost : sièges en 2+2 dans la plus grande simplicité, sans aucun service, grâce aux voitures suisses vendues par les CFF !

Il n’y a pas d’offres spéciales exclusives et limitées qui ne sont valables que pour quelques passagers et qui doivent être réservées des semaines à l’avance. Même jusqu’à quelques minutes avant le départ d’un train RegioJet, le même prix est appliqué sauf si le train est complet. Tous les passagers bénéficient d’un service complet à bord.

>>> Voir en détail le confort des trains Regiojet

Malgré diverses embrouilles liées à la politique locale, où Radim Jančura réussit à se faire quelques ennemis, les affaires fonctionnent. Rapidement, la capacité des trains passa de 240 à 400 places dès 2012, avec des trains toutes les deux heures, ce qui laisse songeur quand on compare avec la situation française avec un opérateur en monopole et la mainmise permanente de l’État. Car RegioJet agit en open access, et concurrence non seulement les CD, qui alignent aussi leur propres Intercity, mais aussi un troisième larron, Leo-Express. Au total, en comptant l’entreprise publique, la liaison Prague-Ostrava est exploitée par trois opérateurs : 5 trains LEO-Express, 11 Regiojet et 10 Ceske Drahy, soit 26 paires de trains par jours ouvrables, ce qui est considérable pour un petit pays de la taille de la Tchéquie. Constat implacable : les CD ont réagi en marketing et matériel moderne, avec baisses de tarifs, et le service public tchèque n’a pas été mis à mort, loin s’en faut.

Regiojet a passé commande de 8 TRAXX Bombardier (+ 20 en option), en leasing auprès de EIL

Il y a aussi des détails qui comptent. Si Regiojet doit s’autofinancer sur la liaison Prague-Ostrava, comme tous les transporteurs présents, un contentieux était né quant aux subventions concernant les billets étudiants. Ces derniers utilisent en effet les quatre classes de confort proposés par Regiojet. Le Ministère des Transports enquêta auprès de la firme privée en constatant que, bien qu’étant notifiés comme « deuxième classe », les voitures offrant les classes Business et Relax, des ex-ÖBB de première, pouvaient être considérées comme de la première classe déguisée, auquel cas la subvention « étudiant » ne s’appliquait pas… Accusé de recevoir plus de subventions qu’il n’en faut de l’État en 2014, Radim Jančura répondait que « la compensation de l’Etat pour les groupes sociaux ne représente que 8% de mon tarif. Les chemins de fer tchèques de l’ensemble du réseau perçoivent une compensation totale de 255% du produit du tarif, même pour les services longue distance que nous exploitons sans subvention d’exploitation. Le montant versé par l’État pour l’indemnisation des ristournes n’est pas faible, mais il est trente fois inférieur à ce qui est versė au transporteur étatique ». En tout état de cause, le billet le plus cher de Regiojet demeure largement en dessous des tarifs de première classe des CD, l’entreprise publique.

1ère classe pour le ministère, seconde pour Regiojet… (photo wikipedia)

Depuis, les affaires ont progressé et s’étendent vers la Slovaquie (Kocise et Bratislava), ainsi que sur l’Autriche, jusqu’à Vienne, en prolongeant un service existant qui menait à Breclav, proche de la frontière. Pour pénétrer en Autriche, Regiojet s’est allié avec la BGK (Bahn Graz-Köflach), qui est la société qui fournit la prestation technique en Autriche pour le compte de Regiojet (demande de sillons, conduite des trains, entretien…). À Vienne-Hauptbahnhof, l’arrivée de Regiojet le 10 décembre 2017, avec ses quatre aller-retour Vienne-Prague à 19 euros, n’a pas manqué de provoquer des crispations chez les ÖBB concernant l’attribution d’un espace de vente. Une affaire qui rappelle les déboires de NTV-Italo sur l’accès aux gares italiennes… En deux mois de lancement, près de 120.000 passagers avaient embarqués dans les trains jaunes du privé tchèque, auprès d’une clientèle jeune et universitaire.

En 2017, près de 4 millions de voyageurs avaient choisis Regiojet. Pour les neufs premiers mois de 2018, l’entreprise enregistrait un bon avec 4 millions de voyageurs, que l’on attribue précisément à la nouvelle liaison avec Brno et Vienne. Cette liaison a attiré à elle seule près de 700.000 voyageurs sur la même période, ce qui prouve que l’ouverture des marchés engendre un report modal fort. À ce rythme, Regiojet pourrait clôturer l’année 2018 en dépassant les 5 millions de voyageurs, soit une hausse moyenne de 25% qui laisse songeur…

Des Vectron, en attendant l’arrivée complète des TRAXX

Comme la billeterie est principalement digitale, on devine rapidement la masse de données qui traversent les serveurs de l’entreprise, une mine d’or pour le marketing. La marque Regiojet se répand d’ailleurs sur des tas de sites web en dehors du Continent, attirant d’autant les touristes entre Vienne et Prague lors de leur voyage en Europe. Fin novembre, Aleš Ondrůj, le porte-parole de l’entreprise déclarait à la presse locale que « RegioJet devient progressivement le transporteur principal sur la ligne Prague – Brno – Bratislava / Vienne [de même que bientôt] sur Prague – Ostrava – Košice, où RegioJet est [déjà] aujourd’hui le principal transporteur ». On notera tout de même que l’entreprise étatique CD aligne en face 7 CD Railjets sur la même ligne Prague-Vienne, portant à 11 les allers-retours disponibles entre les deux capitales.

Après la Slovaquie, Regiojet se lance dans la concession régionale de service public en Tchéquie, avec ici le projet d’une automotrice PESA (Pologne).

Gage que le train monte en puissance, Radim Jančura vend ses bus et veut se concentrer exclusivement sur le ferroviaire.  Dans le futur proche, l’entreprise pourra compter sur la concession de service public gagnée récemment pour exploiter dès décembre 2019, et durant 8 ans, un réseau régional – c’est nouveau -, en l’occurrence la ligne R8 Brno – Přerov – Ostrava – Bohumín. Sur l’offre de 2,22 milliards de couronnes présentée par l’entreprise étatique CD, Regiojet avait répondu avec un projet 50 millions moins cher…

La Tchéquie, que l’on n’attendait pas vraiment sur ce créneau, nous montre un exemple instructif de l’ouverture des marchés ferroviaires voyageurs longue distance. Il serait temps que le grand voisin allemand, qui a si bien ouvert son marché régional, prenne conscience de cette réalité…

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