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Le fret ferroviaire luxembourgeois : un petit poucet qui voit grand

Les marques CFL Cargo et CFL multimodal ne diront rien à grand monde. Seuls les initiés auront noté qu’il s’agit du chemin de fer luxembourgeois. Le groupe grand-ducal 100% public est particulier, puisqu’il dispose d’actionnaires étatiques étrangers, ce qui est rare : outre les 92 % l’État luxembourgeois, on y trouve les 6 % de l’État belge et les 2 % de l’État français. Ce réseau lilliputien sur la carte d’Europe est néanmoins devenu un « groupe », doté de filiales en bonne et due forme. Parmi celles-ci, CFL Cargo et CFL multimodal sont le versant « fret » du groupe luxembourgeois, comme le montre cet organigramme simplifié ci-dessous :

 

Pourquoi deux filiales dans la seule filière fret ? La première, CFL Cargo, est tout simplement l’ancienne division « marchandises » du chemin de fer grand-ducal. On y retrouve les activités traditionnelles du wagon complet, les dessertes régionales, le tri des wagons et les services internationaux de fret ferroviaire. CFL cargo propose ainsi des services de transport de wagon isolé via son unique triage, situé à Bettembourg. Les Lorrains connaissent bien la société puisque ses locomotives officient depuis le 19 décembre 2006 en « open access »  entre Bettembourg et Arcelor-Mittal Florange (Thionville), pour un volume annuel de plus de 100.000 tonnes de bobines laminées à froid.

Mais CFL cargo dispose aussi d’autres filiales sœurs situées au Danemark, en Allemagne, en France et en Suède, ce qui fait autant de sociétés officiant en open-access. Au Danemark, CFL cargo Danmark propose des services de fret ferroviaire et des services de pilotage et opère des trains réguliers ainsi que des trains spot dans tout le pays.

En Allemagne, CFL cargo Deutschland gère les trains régionaux et opère des transferts entre rail et route dans plusieurs terminaux régionaux, partiellement en coopération avec des partenaires externes. CFL cargo Deutschland propose également des services de soutien pour des trains d’infrastructure, des services d’inspection des wagons et des services de pilotage pour d’autres sociétés de fret ferroviaire qui n’ont aucune connaissance de l’itinéraire local.  En France, en plus de la gestion de réseaux industriels, CFL cargo France prend en charge des opérations de manœuvre et des services de desserte dans les régions voisines d’Hagondange, de Blainville, de Mulhouse et de Strasbourg. En Suède enfin, CFL cargo Sverige exploite des navettes ferroviaires régulières vers plusieurs destinations en Suède et particulièrement des trains de containers à destination/au départ du port de Göteborg.

Mais CFL Cargo peut aussi compter sur sa sœur CFL multimodal, la seconde filiale du groupe ferroviaire. Cette dernière est plus spécialisée et plus diversifiée, notamment en logistique. Elle se différencie de sa sœur cargo sur un point essentiel : le terme « multimodal » au Luxembourg signifie aussi… camions. Si la logistique n’est pas, en soi, une activité purement ferroviaire, c’est un ensemble de services annexes qui peut rapporter gros si c’est bien géré. CFL Multimodal se présente d’ailleurs comme un prestataire de services global qui couvre toute la chaine logistique. Avec 13 sociétés implantées dans 6 pays européens, l’entreprise se désigne comme étant également un partenaire proche du client car ancré localement.

Mais ce qui retient l’attention, c’est que CFL Multimodal offre une gamme de services diversifiée se déclinant sur mesure : transport ferroviaire combiné et conventionnel, maintenance préventive et curative de wagons, dédouanement, prestations d’expédition et de logistique. On retrouve là des activités qu’effectuait jadis le chemin de fer, mais remis au goût du jour avec la ferme intention de pérenniser des activités anciennes. La maintenance préventive et curative de wagons n’est rien d’autre que le maintien d’une activité d’atelier wagon au Grand-Duché. Cet ensemble d’activités est d’ailleurs centré en un lieu phare : Bettembourg, bourgade au sud de la ville de Luxembourg, et qui compte un triage, un atelier wagon, un pôle intermodal en pleine restructuration et des activités logistiques. C’est donc un véritable railport qui se constitue là.

Les amateurs de trains en France ont déjà entendu ce nom : Bettembourg. Une liaison par rame Modalhor relie en effet le site grand-ducal avec le terminal du Boulou, à côté de Perpignan. Plusieurs navettes par semaine qui passent par Dijon, Lyon et Montpellier. Objectif : capter le juteux trafic Espagne-Nord Europe. Pour remplir les trains au mieux, les rames Modalhor sont couplées avec des wagons traditionnels chargés de caisses mobiles et de conteneurs. En autres marchés gagnés, celle du logisticien turc MARS. Ce dernier fait venir des semi-remorques depuis la Turquie par navire Ro-Ro, jusqu’à Trieste, en Italie. De là, CFL Multimodal se charge, avec des partenaires, de concocter un train complet qui ralliera Bettembourg, où le groupe turc dispose d’un entrepôt. Ce qui permet au terminal grand-ducal d’ajouter cette relation méditerranéenne à sa collection. Le Luxembourg compte ainsi beaucoup sur Bettembourg, prédestiné à devenir un hub logistique d’envergure pour proposer des trafics à longue distance vers les ports de la mer du Nord, la mer Baltique et l’Europe méridionale. La première phase d’un assez vaste développement vient d’être inaugurée début mars.

Le site intéresse hautement certains industriels…français. C’est en effet à Bettembourg que les rames Modalohr vont pouvoir bénéficier de leur pleine capacité, sur deux voies de 700 m calibrées au millimètre. Le système Modalhor est autoroute ferroviaire dont le plancher de chaque wagon pivote à 45° pour pouvoir charger et décharger les semi-remorques, sans l’aide d’un portique comme dans le transport intermodal traditionnel. Les deux plateformes prévues, de 700m de long, auront à terme une capacité de 300 000 semi-remorques par an. A côté de cela, s’ajouteront quatre voies dotées de portiques pour le chargement et déchargement plus traditionnel des conteneurs et caisses mobiles. La capacité serait multipliée par cinq comparé à ce qui existe encore de nos jours. L’ancien site WSA pas loin du triage sera quant à lui dédié au stockage des conteneurs. Les responsables de CFL multimodal insistent sur les 600 000 manutentions annuelles que générerait le site de Bettembourg, contre 165 000 actuellement.

Comment devenir grand quand on est un petit poucet ? C’est un peu la répétition de la logique d’une autre grande compagnie luxembourgeoise : Cargolux, active mondialement dans laérien, et avec succès. De l’imagination, des investissements centrés sur ce qui fonctionne, une intégration logistique, l’inclusion du monde routier, incontournable, tout cela forme une recette imparable pour affronter le futur et se frotter aux grands…

 

 

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