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Au-delà des gilets jaunes : quand l’alternative transport prend l’eau

Marre « des gilets jaunes » ? Pourtant, ils nous montrent les limites du discours bobos de la mobilité alternative.

Oublions les inévitables diatribes et oppositions forcément politiques du phénomène « gilets jaunes » de cette mi-novembre 2018. Dans l’Europe des ronds-points, du périurbain et de la province proche, l’automobile est à la fois un outil nécessaire à la vie sociale et un objet de consommation : elle sert autant aux trajets boulot-dodo qu’aux déplacements personnels, aux visites médecin, aux achats du jour ou pour emmener au foot le petit dernier. La dépendance automobile des trois-quarts de l’Europe qui, contrairement à ce qu’on nous bassine trop fréquemment, ne vît pas en ville. Cette population constitue une majorité statistique qui ne s’identifie pas nécessairement à la culture bagnole, mais qui vît un style de vie où les kilomètres s’amoncellent au fil des mois. Il suffit de se promener – en train ! – de Manchester à Bologne, en passant par Bruxelles, Francfort et Zurich, pour se rendre compte de ce que cela signifie, la périurbanisation : des maisons tous les 500m, des villages ou gros bourgs tous les 6-7 kilomètres, des ronds-points, des routes bordées de commerces, garages, pompes et restaurants. Telle est la réalité de cette Europe que les urbains ignorent sciemment. Alors oui, la France du côté de Reims ou d’Orléans nous montrent de grands déserts de blé. En Espagne, c’est pire encore avec une transition ville/désert souvent très nette. Ce n’est pas le cas de l’Italie, des pays alpins, de l’Allemagne, du Benelux, du Royaume-Uni…

Réalité de l’Europe périurbaine/provinciale : des lieux dispersés… mais si proches les uns des autres. Les bus ne vont pas partout, les trains encore moins…

Alors on a beau nous démontrer les exploits de Céline, Francis, Laurie ou Jonathan, tous adeptes du vélo et – paraît-il « heureux » -, rien n’y fait.  Des vies et des territoires entiers se sont construits autour du modèle automobile, et cela ne date pas d’hier. Empêcher les « péris » de bouger, c’est les empêcher de mener leur vie, tout simplement. Beaucoup de ces français et européens ne sont en fait ni riches ni pauvres. Ils vivent leur vie, simplement, sans fracas. Alors quand les taxes sur les carburants sont destinées à faire diminuer l’utilisation de la voiture, c’est une réduction de mouvement très nette pour les deux tiers de l’Europe. Pour les emplois, les écoles, les lieux de sport, très dispersés, on fait comment ?

Le chemin de fer n’est pas le meilleur exemple de transition modale qui réponde à la question. On pointera le slogan « le train vous emmène au cœur des villes ». C’est très joli, mais encore une fois on vise les urbains et tout le monde ne va pas au cœur des villes. Exemples français avec Disneyland Paris qui est tout, sauf au cœur de Paris. Exemple européen avec les grandes transhumances estivales, où rares sont les touristes passant leurs vacances au cœur de Marseille, Bologne ou Barcelone. A l’arrivée « au cœur de ces ville », on n’est en réalité nulle part, loin du camping rêvé ou de l’apart en bord de mer. Quant à la magie de la « densité urbaine » au quotidien, que dire !  Sarcelles, La Courneuve, St-Denis, Islington, Southwark, Glasgow, Duisbourg, Berlin-Sud et nord-Milan, tant de lieux plus dépressifs les uns que les autres et qui ne sont pas moins polluants que le quidam de province. Alors ?

Alors, rien ! Associations et politiciens sont manifestement hors jeu. Ils n’osent pas affronter les agriculteurs, déjà très atteints. Et les familles trinquent suffisamment à organiser un semblant de petite vie pour qu’on vienne encore leur faire la morale de la pollution, de l’écologie punitive, de la « frugalité heureuse », du vélo pour tous. Les discours académiques pompeux vous répondent des réalités urbaines qui ne sont que des vides intellectuels pour 300 millions d’européens. D’innombrables pseudos consultants – tous urbains -, se répandent à longueur d’année dans des power-point avec des rêves de solutions sans lendemain. Un discours inaudible pour l’Europe des deux tiers.

Et si on revenait sur terre ?

Cessons les grandes rêveries. Les gilets jaunes ont surtout montré ce qu’était leur vie quotidienne. D’une part, il n’est pas question de les appauvrir davantage sous prétexte de sauvetage de la planète. Chacun conservera sa petite maison, son chauffage, son auto, sa remorque, son petit club de foot local. D’autre part, les solutions façon segway, hoverboat et trotinnettes électriques ne sont que de vastes blagues pour bobos urbains. Le MaaS, mobility as a service, n’est en rien conçu pour un usage raisonné des déplacements en province et ruralité, excepté en mode covoiturage. Le train ne mène pas partout, même en réactivant d’anciennes lignes. Les alternatives sont donc hors jeu ?

Maisons regroupées mais emplois dispersés. Rien ne dit que les habitants du fond travaillent dans les entreprises à l’avant plan…

Sur le volet spatial, assurément oui. Ecoles, lycées, commerces, usines, PME, hôpitaux, villages sont là où ils sont depuis des lustres. Les entreprises agricoles aussi, elles ne bougeront plus. Il n’y a pas de solutions autres que le transport individuel pour rallier tous ces lieux dispersés. Tant mieux si quelques uns peuvent se suffire du vélo. Pour le reste, on peut miser sur des véhicules électriques, les construire plus petits. On peut imaginer, au lieu du traditionnel marché sous la pluie fine (qui n’intéresse que les non-actifs), des magasins itinérants, plusieurs fois par semaine, ouverts jusqu’à 20h dans un circuit de villages donné. On peut imaginer des livraisons à domicile, où on devrait jouer sur le facteur quantité au niveau des prix. Tout ce qui peut un tant soit peu diminuer la quantité de déplacements est toujours bon à prendre.

Une certitude : moins de déplacements, c’est l’économie en berne, c’est le retour au village, le repli sur soi, la sédentarisation, la pauvreté. Il n’y a rien « d’heureux » dans ce projet. La ruralité sans transport individuel est un mythe…

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4 Comments

  1. Erick says:

    Pompeux, c’est quand même votre genre, non ? Il n’ y a pas plus donneur de leçons que vous. J’avoue apprendre souvent de vos articles mais votre style est imbuvable et j’irais chercher ailleurs.

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  2. julien says:

    OK! L’urbanisme ne se (dé)construit pas en un coup de cuiller à pot.

    Mais, à part cela, que fait-on par rapport au réchauffement climatique ?

    Billet-éditorial qui reflète bien l’égoïsme d’une génération qui se moque pas mal du monde qu’elle transmet aux générations suivantes.

    En Belgique, le succès du vote écologiste, dans pas mal de communes, reflète sociologiquement un vote plutôt jeune. Moi, je la trouve aussi dans la plupart des projets de jeunes indépendants. Indépendamment d’opinions politiques (ce n’est pas mon sujet), ce n’est pas étonnant quand on lit ce billet d’une génération “pèpère” qui a connu tous les avantages.

    Remettez-vous en question, Monsieur de Kemmeter. Consacrez votre cerveau à la recherche de solutions. Ce sera plus courageux que de justifier votre immobilisme “fossile”.

    ça ne m’empêche pas de vous féliciter pour votre blog.

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L’auteur de ce blog


Frédéric de Kemmeter
Analyste ferroviaire & mobilité
Secrétaire de Global Rail Network
Pages strictement personnelles

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